Le Bureau de UNESCO a lancé, mardi 3 mars, un projet intitulé « Appui à la création artistique, à la reprise des événements culturels et à l’accès à la vie culturelle en Haïti face à la crise sécuritaire ». L’initiative a été présentée lors d’une conférence de presse tenue dans ses locaux, sur la route de Montagne Noire, en présence du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) et de l’Ambassade de France en Haïti. Elle vise à soutenir un secteur artistique fragilisé par la dégradation du climat sécuritaire.
Cette démarche intervient dans un contexte marqué par de nombreuses difficultés pour les artistes et les opérateurs culturels. Concerts annulés, expositions reportées, salles fermées : la vie culturelle haïtienne subit les conséquences de la crise. “Ce projet se veut une réponse aux problèmes d’inactivité qui a dans le centre-ville, paralysé depuis plus de cinq ans suite à sa vandalisation par les caïds” explique le représentant du MCC Frantz Délice.
Soutenu par le Fonds d’urgence pour le patrimoine de l’UNESCO, ce projet pilote entend limiter l’effritement des activités culturelles dans la zone métropolitaine. Il cible les artistes, collectifs, techniciens du spectacle, médiateurs et opérateurs culturels, en particulier dans les quartiers les plus affectés de la capitale.
“Nous ouvrons un appel à candidature aujourd’hui pour permettre à plusieurs organisations de la société civile de soumettre des projets afin de supporter un plus grand nombre de postulant au lieu d’appeler une personne qui a sollicité notre aide” raconte Erika Francillon, responsable du secteur culturel de l’UNESCO.
Le dispositif repose sur deux axes principaux. D’une part, un appui financier et technique destiné à favoriser la mise en œuvre de projets culturels susceptibles de recréer du lien social et de soutenir l’expression artistique. D’autre part, un programme de formation en gestion de projet en contexte de crise, afin de renforcer les compétences des professionnels et leur capacité d’adaptation. “ La culture est un élément essentiel ici en Haïti, et peut-être plus essentiel dans ce temps de crise pour maintenir vivante la mémoire, créer du lien, nourrir l’espoir de ce qui vient. Tout ce qu’on peut faire pour soutenir les créateurs, différents artistes, même dans ce moment ça nous parait très important” explique l’ambassadeur Français en Haïti Antoine Michon.
Au-delà du soutien immédiat, les responsables du projet mettent en avant sa dimension stratégique. En accompagnant la création artistique, il s’agit de préserver un patrimoine vivant, de maintenir des espaces de dialogue et d’affirmer la place de la culture dans la société haïtienne, malgré un environnement instable.
“Lorsqu’on a des partenaires qui ont décidé de lancer un projet de cette envergure, cela illustre un signe de vie pour les artistes. N’oublie pas pendant la recrudescence de l’insécurité, il y a certains artistes qui ne peuvent même pas inspirer afin de creer de nouveaux œuvres d’art. Je pense qu’avec ce projet, il y aura un petit soulagement economique pour eux” estime Noldy Risnold, représentant de l’organisation Ayiti Gen Moun.
En résumé, selon Erika Francillon, le projet devrait produire des effets à la fois économiques, professionnels, sociaux et symboliques. S’il ne prétend pas résoudre la crise sécuritaire, il ambitionne de permettre au secteur culturel de poursuivre ses activités et de continuer à jouer son rôle dans la société.
“Le projet entend de remettre le secteur culturel en fonction, car dans un pays en crise la culture est le cadet du souci des citoyens. La première chose qu’on a en tête : c’est la nourriture, la sécurité, entre autres. Mais n’oublie pas il n’y a de pays sans culture, elle donne du sens à la nation, c’est son identité” conclut-elle.
Par Youbens Cupidon © Chokarella