Le programme “ProAI”, initiative de création d’opportunités numériques en Haïti par l’intelligence artificielle, a été officiellement lancé ce mercredi 11 mars par la Banque interaméricaine de développement (BID) et Banj. Ce programme se veut à la fois un outil de formation, de structuration et de sensibilisation autour de l’intelligence artificielle dans le pays, et vise à développer les compétences locales tout en favorisant l’émergence d’un écosystème technologique haïtien.
Dans un contexte mondial où l’intelligence artificielle transforme rapidement les modèles économiques, les systèmes éducatifs et les mécanismes de gouvernance, Haïti accuse encore un retard notable. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : l’absence d’une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle, un accès limité aux formations spécialisées, la fragmentation des acteurs technologiques et une faible sensibilisation du public aux enjeux de ces nouvelles technologies.
« Je pense qu’on ne va pas reconnaître le monde de l’intelligence artificielle dans six mois par rapport à ce que nous avons aujourd’hui… », indique Corinne Cathala, représentante de la BID en Haïti. « Partout dans le monde, l’intelligence artificielle devient un puissant moteur de changement économique et social. Haïti ne peut pas rester à l’écart de cette transformation. Au contraire, je crois que nous devons saisir cette opportunité pour construire un avenir plus moderne, plus compétitif. »
Marc Alain Boucicault, directeur de Banj, souligne l’importance de l’écosystème et de la collaboration pour le succès du programme. « Le projet ProAI est une étude de cas qui vient poser les bases à un carrefour important dans le monde, surtout en Haïti […]. Vous savez pourquoi je crois beaucoup en la technologie ? C’est parce que c’est le seul moyen de faire bouger le statu quo », déclare-t-il. « Vous savez tous combien l’IA est en train de transformer le monde, mais la chose la plus importante pour moi, c’est que l’IA change les relations entre les gens, les opportunités économiques. Nous parlons de disruption, mais la beauté dans la disruption, c’est qu’elle crée de nouvelles opportunités, de nouveaux statu quo et la possibilité de changer la donne. C’est ce que nous sommes en train d’établir aujourd’hui. »
Le programme prévoit la formation d’une centaine de professionnels issus de différents secteurs : développeurs, étudiants, représentants du secteur privé et agents publics. L’initiative introduira des modules sur les principes de l’IA, les outils d’IA générative, ainsi que les enjeux éthiques et de gouvernance. Bloody Bordenave, responsable du projet chez Banj, insiste sur les obstacles à surmonter : « Il n’existe pratiquement pas de cursus spécialisés en intelligence artificielle adapté au contexte haïtien et aligné aux standards internationaux, beaucoup d’initiatives isolées mises en place par les acteurs du système mais sans synergie nationale, et l’absence de feuille de route pour guider les politiques publiques et la gouvernance. »
Selon les porteurs du projet, ProAI pourrait avoir des effets dans plusieurs secteurs stratégiques. Dans l’éducation, il permettra d’introduire des outils numériques favorisant l’apprentissage et la recherche ; dans la gouvernance, il contribuera à améliorer la gestion des données et des services publics ; dans l’entrepreneuriat et le développement économique, l’IA pourrait optimiser les processus et soutenir la création de nouvelles entreprises et d’innovations locales. Le programme vise également à encourager l’inclusion des jeunes et des femmes dans les opportunités économiques liées au numérique.
Au-delà de la formation et du développement technologique, ProAI pourrait contribuer à réduire l’écart entre Haïti et les dynamiques technologiques mondiales. L’élaboration d’une feuille de route nationale sur l’IA constitue une première étape vers la structuration de politiques publiques en matière de transformation numérique. Si ces actions sont suivies d’investissements durables, elles pourraient orienter les futures décisions gouvernementales en matière d’innovation, de régulation et de gouvernance technologique.
Cependant, le succès du programme dépendra de sa capacité à surmonter des obstacles structurels : l’instabilité politique, l’accès limité à l’électricité et à Internet, ainsi que les contraintes institutionnelles pourraient limiter son déploiement. Pour produire des résultats durables, l’initiative devra s’inscrire dans une vision nationale cohérente, soutenue à la fois par les institutions publiques, le secteur privé et la communauté académique.
Par Youbens Cupidon © Chokarella