EducMag lance « Onore Yo » pour valoriser l’impact social des enseignants

Written on 04/01/2026
LA RÉDACTION

La plateforme éducative haïtienne « EducMag »  a lancé, ce mardi 31 mars, la première phase de son programme Onore Yo, centrée sur des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux. L’objectif est de collecter des témoignages d’élèves et d’anciens élèves afin de sélectionner 17 enseignants du département de l’Ouest. Ces derniers seront honorés lors d’une cérémonie prévue le 17 mai, à l’occasion de la journée internationale des professeurs.

Au-delà de l’événement, ce projet invite à réfléchir sur les failles du système éducatif haïtien et propose une réponse centrée sur l’humain. Dans le pays, la réussite scolaire reste largement mesurée par les résultats académiques et les performances aux examens officiels. Cette approche, bien qu’essentielle, relègue souvent au second plan l’impact social et émotionnel de l’enseignement.

Pour John Gerald Stanley Mervil, photojournaliste et fondateur d’EducMag, l’initiative vise à mettre en lumière des enseignants qui, au-delà des résultats chiffrés, ont marqué des vies. « Cela revient à dire que la réussite éducative ne se limite pas aux compétences académiques, mais inclut aussi la capacité à transmettre des valeurs, à éveiller des consciences et à accompagner humainement les apprenants », souligne-t-il.

Pourquoi honorer les forgerons de l’avenir

De nombreux enseignants jouent un rôle déterminant dans la construction personnelle des élèves, sans bénéficier d’une reconnaissance institutionnelle ou publique. Leur contribution dépasse souvent le cadre de la transmission des connaissances : ils deviennent repères, soutiens psychologiques, voire figures de reconstruction pour des jeunes confrontés à diverses réalités sociales.

« Nous sommes convaincus que l’apprentissage est avant tout une expérience humaine. En Haïti, comme ailleurs, les élèves ne retiennent pas uniquement des contenus, ils retiennent des attitudes, des gestes, des paroles, des encouragements », ajoute le fondateur d’EducMag. Selon lui, la dimension émotionnelle influence la motivation, la confiance en soi et la persévérance scolaire. La dimension sociale, elle, contribue à créer un environnement d’apprentissage basé sur le respect, l’écoute et l’empathie. « À travers Onore Yo, EducMag veut rappeler que derrière chaque réussite, il y a souvent un enseignant qui a su comprendre, soutenir et croire en un élève, parfois même dans ses moments les plus difficiles », précise-t-il.

Une approche participative centrée sur l’élève

Onore Yo adopte une approche inversée et participative. Le projet place l’élève au cœur du processus de reconnaissance, en lui donnant la possibilité de raconter, à travers des témoignages écrits ou vidéos, l’influence d’un enseignant sur sa vie. Contrairement aux distinctions traditionnelles, l’initiative privilégie des critères qualitatifs : authenticité du vécu, sincérité du récit, impact sur le parcours de l’élève, valeurs d’éthique et de bienveillance.

« Les témoignages des élèves permettent de donner la parole à ceux qui vivent directement l’impact de l’enseignement. À travers leurs récits, l’enseignant n’est plus perçu uniquement comme un transmetteur de savoir, mais comme un mentor, un guide, parfois même une figure parentale ou un repère social. Ces témoignages révèlent l’influence profonde que peut avoir un enseignant dans la construction d’un individu », explique John Gerald Stanley Mervil.

Ce changement de paradigme déplace le regard de la réussite académique vers l’impact humain. Selon le document de présentation du projet, Onore Yo contribue à revaloriser la profession enseignante en mettant en lumière des enseignants souvent invisibles, renforçant ainsi leur légitimité sociale et leur motivation. Le projet encourage également une redéfinition des critères d’excellence éducative, intégrant la dimension émotionnelle et sociale dans le débat public.

« Le changement durable passe aussi par des initiatives symboliques fortes, et Onore Yo s’inscrit dans cette dynamique. Même s’il ne modifie pas directement les structures institutionnelles, il agit sur les mentalités, en valorisant les enseignants à travers la reconnaissance publique et les témoignages », souligne le fondateur.

Créer une mémoire collective éducative

La campagne numérique et la collecte de témoignages participent à la constitution d’une mémoire collective éducative. Les histoires partagées deviennent des archives vivantes, capables d’inspirer d’autres enseignants et de susciter des vocations. « Elles peuvent inspirer d’autres acteurs du système éducatif — écoles, institutions, décideurs — à repenser leurs priorités, notamment en accordant plus d’importance à la qualité humaine de l’enseignement », observe Stanley.

À travers Onore Yo, EducMag propose une vision renouvelée de l’éducation en Haïti, où l’apprentissage s’inscrit dans une dynamique relationnelle, émotionnelle et sociale. « Il s’agit de reconnaître, valoriser et célébrer ceux qui construisent l’avenir à travers l’éducation. Dans un contexte comme celui d’Haïti, où les défis sont nombreux, il devient essentiel de mettre en lumière ces figures qui continuent, malgré tout, à faire la différence », conclut le fondateur.

Par Youbens Cupidon © Chokarella