Carel In The Morning : Yannah Acra, un parcours de la création de bijoux à la direction artistique

Written on 04/15/2026
LA RÉDACTION

Yannah Acra, créatrice visuelle et styliste derrière l’identité esthétique de Baky et de plusieurs artistes évoluant dans différentes industries, était l’invitée de Carel Pedre dans l’émission « Carel in The Morning », ce mercredi 15 avril 2026. Dans l’écosystème musical et créatif, elle s’impose progressivement comme une directrice artistique qui ne se contente pas d’habiller des projets, mais qui construit de véritables univers visuels, où chaque détail est pensé comme un langage.

De ses premiers essais dans la création de bijoux à l’adolescence jusqu’à son positionnement actuel dans la direction créative, Yannah Acra retrace un parcours où l’instinct s’est progressivement structuré en méthode. Un chemin marqué par l’expérimentation, l’autonomie et une discipline du détail qui, aujourd’hui, définit son approche du branding artistique.

Son entrée dans la direction artistique se fait presque par hasard en 2021 à Los Angeles, lorsque la chanteuse franco-haïtienne Naïka la sollicite pour concevoir la direction artistique d’un clip intitulé « Sauce ». Elle confie : « Je n’avais jamais fait ça comme métier, j’ai trouvé ça intéressant et je me suis dit : je vais essayer ». Elle se renseigne, écoute le projet musical, s’imprègne de l’univers et construit sa première proposition visuelle. Une expérience fondatrice qu’elle résume : « De base, je voulais faire un an à Los Angeles pour ma marque, mais pas pour faire du styling ».

À 16 ans déjà, elle avait lancé sa marque, « Miyanaafgy », d’abord centrée sur la création de bijoux. Une initiative précoce qui pose les bases de son rapport à la création, même si elle admet avoir pris du recul à un moment donné pour réévaluer son parcours.

C’est après cette première expérience à Los Angeles, notamment avec Naïka, que sa perception change. Elle comprend alors l’étendue de ses capacités : « Après l’expérience avec Naïka, j’ai trouvé que c’était super, je ne savais pas que j’étais capable de livrer à ce niveau ». Une prise de conscience qui ouvre la voie à de nouvelles collaborations.

Le tournant majeur arrive avec Baky. Le rappeur la contacte pour travailler sur le projet du titre « Zanj », première collaboration visuelle entre eux. Le résultat marque un point de départ solide : « On a tellement bien travaillé, c’était fluide. Nous avons décidé de continuer sur le prochain projet vidéo ». Cette dynamique s’installe entre la fin de 2021 et le début de 2022 et s’étend progressivement à plusieurs projets structurants, dont le concert au War Memorial et le clip « 50 Ans Prestige »

Dans sa manière de travailler, Yannah Acra insiste sur un principe central : la liberté créative. « Quand les artistes me contactent, ils me laissent ma liberté créative et j’aime ça. Laissez-moi créer la magie à travers ma vision, mettez-les en dehors de ce qu’ils ont l’habitude de faire », dit-elle au micro de Carel Pedre.

Durant l’échange avec Carel Pedre, elle explique également sa méthode de construction visuelle, notamment à travers les moodboards et la direction globale des projets : « Nous travaillons pour faire impact, tout est bien réfléchi ». Une approche stratégique qui dépasse le simple stylisme pour toucher à l’architecture complète de l’image d’un projet musical.

Aujourd’hui, Yannah Acra collabore avec plusieurs artistes de la scène haïtienne et internationale, tout en développant une nouvelle étape de son parcours : la création d’un studio dédié aux photoshoots et aux productions visuelles. Une évolution naturelle pour celle qui affirme ne pas vouloir se limiter au stylisme, mais évoluer pleinement vers la direction créative.

Sa marque, elle, reste un pilier fondateur. Lancée à 16 ans avec la création de bijoux, elle connaît une pause avant d’être relancée avec une vision élargie. Elle explique avoir voulu sortir des codes classiques : « Je n’avais jamais vu de marque proposer des costumes de bain liés à Haïti. C’est ce qui m’a inspirée ». De cette réflexion naît la collection « Lakay », inspirée notamment de Jalouzi (Pétion-Ville) et de son architecture urbaine, où les maisons, les textures et la vie des quartiers deviennent matière esthétique.

Partie seule au départ, elle structure aujourd’hui sa marque en équipe et élargit progressivement son champ créatif. Au fil de l’entretien, elle laisse aussi apparaître une dimension plus personnelle : « Je suis aussi maman ». Une réalité qu’elle assume dans un milieu qu’elle décrit comme fortement misogyne, où les compétences des femmes sont parfois remises en question. Elle répond à cela par le travail, la constance et une posture assumée : son caractère et son engagement total deviennent des outils de résistance professionnelle.

Pendant l’interview, elle évoque également les contraintes du métier, à savoir les productions urgentes, les imprévus logistiques et les délais non respectés. Des situations qui l’obligent parfois à créer dans l’urgence, sur place. « L’industrie demande beaucoup de force. Je suis souvent obligée de créer sur place. J’aime ce que je fais, cela me rend très heureuse », assure-t-elle.

Elle revient aussi sur le clip « 50 Ans Prestige », un projet qu’elle décrit comme particulièrement marquant : « J’étais vraiment contente, super excitée de faire ce projet ». Tourné en Colombie, le projet mobilise une équipe qu’elle qualifie de solide et efficace.

Sur le plan de l’inspiration, elle refuse de la réduire à une seule source. Yannah Acra évoque d’abord la vie, dans sa globalité, comme moteur principal, mais insiste surtout sur une dimension spirituelle : « Dieu est ma première source d’inspiration. Je prie énormément et je demande à Dieu de me guider ».

Tournée vers l’avenir, Yannah Acra annonce plusieurs projets en gestation : « J’ai beaucoup d’idées en tête ». Parmi eux, l’ouverture d’un studio qui permettra également la location de vêtements, un espace pensé comme ouvert et accessible à tous, dans la continuité de sa vision créative.

Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve© Chokarella