Pourquoi l’ICE arrête-t-elle des résidents permanents aux États-Unis ?

Written on 04/24/2026
LA RÉDACTION

Dans une troisième vidéo publiée le 4 avril, dans le cadre d’une série consacrée à la politique migratoire aux États-Unis, le journaliste Carel Pedre s’est penché sur la carte de séjour, dite Green Card, qui ne garantit pas une protection totale aux migrants. Une question centrale structure ce numéro, qui marque la fin de la série : pourquoi l’Immigration and Customs Enforcement procède-t-elle à l’arrestation de résidents permanents ?

L’administration du 47e président américain, Donald John Trump, a introduit plusieurs changements dans le système migratoire. À la suite de ces modifications, même des personnes autrefois protégées par la carte de séjour ne sont pas totalement à l’abri des opérations de l’ICE contre les immigrants.

Avant le retour de Donald Trump au pouvoir, l’ICE avait pour mission principale de traquer les immigrants en situation irrégulière. Cependant, depuis 2025, l’administration a abrogé certaines dispositions encadrant les limites des opérations de l’agence fédérale chargée de l’immigration.

« Donnant ainsi beaucoup plus de pouvoir à ces agents dans la poursuite des personnes dites expulsables, bien qu’elles aient une carte de séjour », souligne Pedre

Selon ses déclarations, cet élargissement du dispositif réduit les normes qui encadrent les interventions et augmente les cas d’arrestations. « Même les personnes qui ont obtenu le droit de vivre de façon stable et légale ne sont pas protégées », observe Carel Pedre.

Comment procède l’ICE aux arrestations

L’Immigration and Customs Enforcement utilise plusieurs méthodes pour procéder aux arrestations et placer des personnes en détention administrative. Selon le journaliste, de nombreux cas surviennent dans les aéroports, lors du retour aux États-Unis après un voyage à l’étranger.

Il précise qu’un immigrant n’est pas automatiquement admis sur le territoire, même s’il détient une carte de séjour.

« Ils ont toujours le droit de réviser votre dossier. Et c’est à partir de ce moment qu’ils effectuent une vérification des antécédents du voyageur. Si vous avez un ancien dossier, même s’il date de 10 ou 20 ans, il peut réapparaître sur leurs écrans, puis l’ICE peut procéder à votre arrestation », affirme-t-il.

Dans un deuxième cas, Carel Pedre évoque le dispositif ICE Check-in, un rendez-vous administratif pouvant servir de moment d’arrestation. Certaines personnes engagées dans des procédures d’immigration ou sous surveillance administrative peuvent ainsi être concernées.

« J’ai un ami qui était en détention avec moi. Il m’expliquait que depuis 2004, on ne pouvait pas l’expulser vers Haïti. Il effectuait son enregistrement chaque année. Mais en décembre 2025, lorsqu’il est allé faire son enregistrement comme d’habitude, les agents l’ont arrêté », déclare-t-il.

En troisième lieu, le journaliste cite le programme 287(g), une disposition de la loi américaine sur l’immigration qui permet à certaines polices locales de collaborer avec les autorités fédérales. Dans certains États comme la Floride, ce dispositif peut conduire à des arrestations lors de simples contrôles routiers, si la personne figure dans les bases de données de l’ICE.

Les dossiers qui mettent les résidents permanents en danger

Carel Pedre rappelle que la carte de séjour ne protège pas totalement contre la déportation. Un résident permanent peut être expulsé en cas de condamnation pour certains crimes, notamment les « aggravated felony ».

« Dans ce cas, le problème est que la définition donnée par le système d’immigration n’est pas la même que la définition courante. Un délit considéré comme mineur dans le système pénal peut devenir très grave en immigration, comme des cas de vol, de fraude ou des dossiers pour lesquels vous avez été retenu en détention ou pour lesquels vous avez payé une caution. Cela peut entraîner une détention obligatoire sans possibilité de caution et un risque élevé de déportation », explique le journaliste.

Selon lui, d’autres situations entrent également en ligne de compte, notamment les crimes impliquant la turpitude morale (CIMT), les affaires liées aux drogues, la violence domestique ou encore la possession illégale d’armes.

« Même si le tribunal local a fermé votre dossier ou l’a effacé de sa base de données, il reste bel et bien existant aux yeux de l’immigration », poursuit-il.

Le formulaire I-407, un document à ne pas signer

En cas de détention, certaines personnes titulaires de la carte de séjour se voient proposer un formulaire appelé I-407. Selon Carel Pedre, il ne doit en aucun cas être signé, car il équivaut à une renonciation volontaire au statut de résident permanent.

« S’il signe ce document, il perd le droit de se présenter devant un juge et accélère la procédure contre lui. C’est une décision qui ne doit pas être prise sous pression. Il ne faut jamais oublier que vous avez le droit de voir un juge, un avocat, de demander une caution et de contacter le consulat de votre pays en cas de besoin de documents légaux », ajoute-t-il.

Les droits du résident permanent en détention

Le journaliste énumère plusieurs recours possibles pour les résidents permanents détenus par l’ICE : annulation de la mesure d’éloignement en cas d’attaches fortes dans le pays, demande de renonciation si la déportation menace l’unité familiale, demande d’asile en cas de danger dans le pays de destination, ou encore réexamen de certains anciens dossiers judiciaires.

Enfin, Carel Pedre recommande aux personnes concernées ou ayant des antécédents judiciaires de consulter un avocat afin d’évaluer leur situation. Il souligne également que l’une des options les plus prudentes reste d’éviter les déplacements internationaux, le risque principal se situant souvent au moment du retour sur le territoire américain.

Par Youbens Cupidon © Chokarella