Un nouvel outil de traçage des contenus utilisés par les modèles d’intelligence artificielle entre dans le portefeuille de Warner Music Group. Le groupe a annoncé mercredi l’acquisition de la startup Sureel AI, dans un contexte où les questions de droits et d’usage des œuvres par les systèmes d’IA deviennent un point de friction majeur dans l’industrie musicale.
L’entreprise rachetée développe une technologie appelée « AI DNA », pensée pour suivre l’utilisation de contenus créatifs — musique, voix, image ou performances — lorsqu’ils sont exploités par des modèles d’IA générative. L’objectif affiché est de mieux identifier ces usages et d’ouvrir la voie à une rémunération des ayants droit.
Les détails financiers de l’opération n’ont pas été communiqués. Sureel AI, fondée en 2022, continuera toutefois à fonctionner comme une structure indépendante après l’acquisition.
Dans un communiqué, son fondateur et directeur général Tamay Aykut a décrit l’opération comme un levier de croissance pour la plateforme. Il a déclaré que cela permettrait à l’entreprise de « accomplir sa mission à plus grande échelle, en construisant un avenir plus transparent et plus équitable, tout en favorisant la création de valeur pour l’ensemble de l’écosystème de la musique et du divertissement ».
Il a également ajouté : « Les titulaires de droits méritent de savoir comment l’intelligence artificielle interagit avec leurs œuvres et de bénéficier équitablement de la valeur qu’elle génère », avant de préciser : « Sureel a été créée pour rendre cela possible. »
L’équipe de Sureel AI rassemble plusieurs profils issus de l’industrie musicale. On y retrouve notamment Benji Rogers, cofondateur de PledgeMusic, et Aileen Crowley, ancienne cadre d’Universal Music, tous deux coprésidents. Michael Pelczynski, passé par SoundCloud et Warner Music, occupe le poste de responsable des licences. D’autres membres proviennent également de la société Tuti, spécialisée dans les expériences sociales numériques.
Du côté de Warner Music Group, le directeur général Robert Kyncl replace cette acquisition dans une évolution plus large du secteur. Dans sa déclaration, il souligne que « l’intelligence artificielle ouvre d’importantes possibilités d’engagement des fans et de création de valeur pour notre industrie, tout en rendant l’origine humaine de la musique plus importante que jamais ». Il ajoute : « L’intégration de Sureel au sein de WMG renforce nos capacités de protection, de contrôle et de monétisation, et garantit que la communauté créative conserve le contrôle de sa propriété intellectuelle, de son nom, de son image, de sa ressemblance et de sa voix. Nous nous réjouissons de travailler avec Tamay et son équipe pour faire avancer l’ensemble de leurs travaux. »
Cette acquisition s’inscrit dans une séquence où Warner Music Group ajuste progressivement sa position face aux outils d’intelligence artificielle. Après avoir engagé une action en justice contre l’application de génération musicale Suno en 2024, le groupe a ensuite conclu un accord avec la plateforme. En novembre, les deux parties ont annoncé un partenariat de licence destiné à alimenter les modèles de Suno, alors que Sony Music et Universal Music Group poursuivent toujours des procédures judiciaires.
Le modèle fondé sur des licences est désormais en phase de test. En parallèle, Warner Music Group a également signé un accord avec Stability AI pour développer des outils d’IA destinés aux artistes. Dans l’industrie musicale, la question du contrôle des œuvres face aux systèmes automatisés continue de s’installer au centre des discussions. La suite dépendra de la manière dont ces outils seront intégrés dans la chaîne de création et de diffusion.