Sur la scène du Brooklyn Paramount, la musique a laissé place à un autre exercice. Lors de la première soirée de la résidence des dix ans du BAYO Tour, Nickenson Prud’homme s’est retrouvé derrière le micro, non pas pour chanter, mais pour conduire une interview improvisée avec Carel Pedre. Une séquence captée en coulisses, au cœur de l’événement du jeudi 25 juin.
Le contexte est celui de BAYO 10, une résidence anniversaire organisée à New York après une première étape passée par Boston à l’Aganis Arena. Le projet de Michaël Brun s’installe sur trois soirées, avec une règle inchangée depuis ses débuts : aucune programmation annoncée à l’avance, les invités se découvrent sur scène.
Une discussion centrée sur le parcours et la contribution
Dans cet échange, le fondateur de Chokarella est revenu sur plus de trois décennies dans l’industrie musicale haïtienne. Une trajectoire marquée par différentes étapes, entre médias, promotion et accompagnement d’artistes.
Face à Nickenson Prud’homme, Carel Pedre a évoqué la place de certains acteurs dans l’écosystème musical haïtien.
« Il y a beaucoup de personnes qui profitent de la culture haïtienne sans pour autant contribuer à son évolution », affirme-t-il, en distinguant selon lui les figures qui participent à la construction de la scène musicale.
De l’adolescence aux groupes phares du compas
Le parcours de Nickenson Prud’homme débute très tôt. À 13 ans, il intègre le groupe Explosif comme claviériste. Une expérience qui lui permet d’obtenir une bourse d’études et de poursuivre son apprentissage musical.
Il passe ensuite par plusieurs formations, dont Djakout Mizik et Zenglen, avant de participer à la création d’Harmonik. Un groupe présent sur la scène du compas depuis plus de quinze ans et régulièrement cité dans les évolutions du genre au cours des dernières décennies.
Pour Carel Pedre, ce cheminement illustre une contribution continue à l’industrie musicale haïtienne.
« Prenons l’exemple d’un promoteur. Il n’y a aucun moyen pour qu’un promoteur contribue autant qu’un musicien à l’industrie. Le promoteur utilise la création de l’artiste pour organiser des spectacles de grande envergure. D’après mon observation, tu as énormément donné à cette industrie […], puis tu as créé Harmonik, un groupe qui compte aujourd’hui plus de quinze ans au service du public », témoigne-t-il.
Entre distinction des rôles et rapport à la culture
Au fil de la conversation, la question de la répartition des rôles dans l’industrie musicale est abordée. Carel Pedre insiste sur la différence entre création et exploitation de la culture.
« Nous devons identifier les personnages. Il y a des gens qui donnent et d’autres qui profitent de la culture », déclare-t-il, avant de poursuivre sur les déséquilibres qu’il observe dans la reconnaissance des contributions.
S’adressant directement à Nickenson Prud’homme, il ajoute : « Et toi, tu ne fais que donner. Je pense qu’il est important que le public commence à donner à ceux qui lui donnent. »
Réactions et échos dans la diaspora
La diffusion de la séquence sur les réseaux sociaux a rapidement généré plusieurs réactions. Des internautes ont partagé des souvenirs liés aux chansons de Nickenson Prud’homme et à leur impact personnel.
« Wi, Nicki make tout vi m; mwen ka refere m ak yon mizik Nicki pou chak bon ak move moman m viv », écrit Aurélien Shelove.
DJ Reflex évoque également un souvenir personnel lié à une période de sa vie : « Nicky te soti yon album ki te fè m renmen ak yon fanm. Mwen te timoun. Mwen te ba li yon CD Nicky, li te tèlman kontan. Mizik “Zanmi” an nou te konn tande l ansanm. Nou te nan menm klas… Nicky, LEGEND VIVAN. »
Dans cet échange en marge de BAYO 10, la discussion dépasse le cadre de la scène pour revenir sur la question de la transmission, de la mémoire musicale et de la place des artistes dans le temps long. Une interrogation qui reste ouverte alors que la résidence se poursuit à Brooklyn.