Après avoir porté les couleurs d’Haïti sur plusieurs scènes internationales, Joshua (Josué) Adhémar souhaite désormais transmettre son expérience à la jeunesse. L’athlète haïtiano-canadien, spécialiste du 400 mètres haies, séjourne actuellement au Cap-Haïtien où il organisera, du 20 juillet au 1er août 2026, un camp d’entraînement destiné à 50 adolescents. Bien plus qu’une simple activité sportive, cette initiative marque, selon lui, le premier pas d’un mouvement appelé à transformer durablement l’athlétisme en Haïti.
Joshua Adhémar a grandi au Canada, mais ses racines plongent profondément dans le Nord d’Haïti. Son père est originaire de Petit-Bourg de Port-Margot, tandis que sa mère, née au Canada, a grandi au Cap-Haïtien. Un attachement qu’il revendique aussi bien sur les pistes que dans sa carrière musicale, notamment à travers son deuxième album commercial, Jadhé – Accra to Okap, un projet qui fait le lien entre ses origines africaines et haïtiennes.
Comme beaucoup de jeunes, c’est d’abord par le football qu’il découvre le sport. Ce n’est qu’au secondaire qu’il se tourne sérieusement vers l’athlétisme, une discipline qui le séduit rapidement : « J’ai tout de suite aimé ce sport parce que les chronos ne mentent pas. Seul le temps compte, et avec du travail, cela peut vous mener très loin », confie-t-il.
Les résultats suivent progressivement. En 2015, il décroche la médaille d’or sur le 400 mètres haies dans sa province, une performance qui lui ouvre les portes de la Simon Fraser University, à Vancouver, grâce à une bourse sportive. Après plusieurs saisons marquées par des progrès parfois lents, il remporte la médaille d’argent dans sa conférence universitaire en 2019, avant de monter sur la troisième marche du podium aux Championnats nationaux du Canada en 2022.
Cette même année marque un tournant. Conscient d’avoir atteint un niveau lui permettant d’évoluer parmi les meilleurs, il contacte la Fédération haïtienne d’athlétisme avec l’objectif de représenter le pays de ses parents : « Représenter Haïti aux yeux du monde a toujours été un rêve, et je savais que si j’en avais la chance, je donnerais tout ce que j’ai », affirme-t-il.
Sélectionné pour les Championnats de la NACAC aux Bahamas en 2022, où il atteint la finale, il représente ensuite Haïti aux Jeux mondiaux universitaires de Chengdu, en Chine, en 2023.
Un camp pilote pour jeter les bases d’un grand projet
Aujourd’hui, son ambition dépasse largement ses propres performances. À travers ce camp organisé au Cap-Haïtien, il souhaite poser les bases d’un projet de développement de l’athlétisme en Haïti : « Je dirais que c’est un projet pilote destiné à lancer un grand mouvement qui pourra révolutionner le sport en Haïti. Ce premier camp d’entraînement servira d’introduction. Nous allons enseigner les fondamentaux de la course, la mécanique et la technique, grâce à un encadrement de haut niveau. »
Pour Joshua Adhémar, courir est un véritable apprentissage. Il rappelle qu’après plus de dix ans de pratique, il continue lui-même d’apprendre auprès de ses entraîneurs. C’est cette approche qu’il veut transmettre aux jeunes participants.
Un programme mêlant théorie, pratique et esprit d’équipe
Pendant plusieurs jours, les adolescents découvriront les bases théoriques de l’athlétisme : les différentes disciplines, le fonctionnement du chronométrage, mais aussi l’importance de la nutrition, du sommeil, des étirements et de la récupération.
Chaque matin débutera par des éducatifs de course destinés à améliorer la coordination et la technique : foulées bondissantes, montées de genoux, fentes et exercices dynamiques précéderont les séances spécifiques. Les journées alterneront ensuite entre travail de vitesse, perfectionnement des départs, exercices d’accélération sur 20, 30 ou 40 mètres, ou encore séances d’endurance réalisées sur une côte de 100 mètres afin d’apprendre à gérer l’effort et les temps de récupération.
À midi, les jeunes bénéficieront d’un repas et d’un temps de repos, avant de reprendre les activités sous une forme plus ludique. Les jeux de relais occuperont une place importante dans le programme, avec un accent particulier sur la transmission du témoin, la coordination et l’esprit d’équipe.
Le camp se conclura par une grande course organisée à Milot, au Parc Résigné, où les participants pourront mesurer leur progression en tentant d’améliorer leurs chronos.
Cette première édition rassemblera 50 jeunes, âgés de 12 à 15 ans, répartis équitablement entre 25 filles et 25 garçons. Les participants ont été sélectionnés en collaboration avec quatre écoles de la région : « Nous avons reçu énormément de marques d’intérêt, ce qui me donne vraiment hâte de développer le club d’athlétisme à l’avenir », souligne-t-il.
Le Cap-Haïtien, un choix symbolique
Le choix du Cap-Haïtien ne relève pas du hasard. Pour l’athlète, la ville représente bien plus qu’un simple lieu d’organisation : « C’est de Okap que vient ma famille, c’est là que mes parents se sont rencontrés, et c’est de là que viennent toutes les histoires avec lesquelles j’ai grandi. Pour moi, c’est poétique : le lieu même où nos libérateurs ont accompli notre révolution est le lieu exact où je commence cette révolution. »
Son engagement trouve aussi son origine dans une réflexion plus large sur le développement du sport en Haïti. Il constate que l’équipe nationale est aujourd’hui composée en grande majorité d’athlètes issus de la diaspora : « Les Haïtiens vivant en Haïti méritent les mêmes opportunités que celles dont j’ai bénéficié. C’est juste qu’en ce moment, l’athlétisme manque de structure dans le pays. »
Il rappelle également un paradoxe qui, selon lui, illustre le potentiel encore inexploité du pays : « Les pays de la Caraïbe représentent moins de 1 % de la population mondiale, mais les athlètes qui représentent ces pays ou qui ont des racines caribéennes ont remporté plus de 35 % des médailles sur les épreuves de sprint lors des quatre derniers Jeux olympiques. Pourtant, Haïti n’en a pas décroché une seule, alors que nous avons la plus grande population des Caraïbes. »
Une vision qui dépasse le cadre du camp
Pour concrétiser cette vision, Joshua Adhémar s’est entouré de partenaires locaux. Il travaille notamment avec Michael Jean, ancien spécialiste du 100 mètres, du 200 mètres et du saut en longueur, aujourd’hui entraîneur certifié niveau 1 par World Athletics et engagé depuis plus de vingt ans dans le développement de l’athlétisme en Haïti.
Le projet bénéficie également du soutien du pasteur Caleb Lucien, de Hosean International Ministries, ainsi que d’Ephraim Lucien, de Young Athletes With Hope, qui accompagnent l’organisation sur les plans logistique, promotionnel et communautaire.
Joshua Adhémar nourrit une ambition beaucoup plus vaste : créer un club permanent d’athlétisme au Cap-Haïtien, former de nouveaux entraîneurs, développer des structures similaires dans d’autres régions du pays et mettre en place un véritable circuit national de compétitions.
À terme, il espère voir émerger une génération d’athlètes capables d’intégrer l’équipe nationale, d’obtenir des bourses universitaires grâce à leurs performances et, pourquoi pas, de représenter Haïti aux Jeux olympiques : « Dès que nous réussirons à construire une piste officielle, notre but sera d’entraîner les jeunes et les adultes pour intégrer l’équipe nationale d’athlétisme, puis, à terme, les Jeux olympiques. »
Son ambition dépasse également le cadre sportif. Il imagine les athlètes haïtiens de la diaspora revenir régulièrement s’entraîner au pays, contribuant ainsi au développement de la discipline et inspirant les générations futures : « Je suis haïtien avant tout, et c’est en Haïti que je veux investir mon temps. Je veux qu’un jour, ce soient les autres nations qui viennent en Haïti pour voir ce que nous avons accompli et pour s’entraîner avec nous. »
« Le talent seul ne suffit jamais »
Avant de conclure, Joshua Adhémar adresse un message aux jeunes qui souhaitent suivre ses traces. Pour lui, le talent seul ne suffit jamais : « L’athlétisme repose sur deux piliers : le côté mental et le côté physique. Votre force physique ne vaut rien sans l’état d’esprit adéquat qui vous rend dédié et discipliné. Avec de la patience, l’athlétisme m’a ouvert énormément de portes, mais les plus grandes leçons que j’ai apprises restent l’importance de la discipline personnelle et la force de la communauté. Et surtout, il ne faut jamais oublier de s’amuser, d’apprécier le processus et d’aimer la compétition. »
À travers cette première édition, Joshua Adhémar espère avant tout démontrer qu’avec une vision, de la méthode et un accompagnement adapté, l’athlétisme peut devenir un véritable levier d’éducation, d’épanouissement et de réussite pour la jeunesse haïtienne.
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