Reframing Podcast : Melissa Eve Denose et le défi de grandir entre Haïti et les États-Unis

Written on 05/22/2026
Youbens Cupidon

Pour le sixième épisode de la deuxième saison de Reframing Podcast, le Dr Jeff Cadichon reçoit Melissa Eve Denose, assistante administrative haïtiano-américaine au Center for Psychological Growth and Wellness en Floride. Une conversation sur l’identité, l’appartenance et le langage entre Haïti et la diaspora.

Pour le sixième épisode de la deuxième saison de Reframing Podcast, le Dr Jeff Cadichon a reçu l’assistante administrative haïtiano-américaine au « Center for Psychological Growth and Wellness », en Floride, Melissa Eve Denose, le mardi 19 mai, dans le but de discuter de sujets liés à l’identité, à l’appartenance, au langage, entre autres. Au cours de cette entrevue, la jeune femme a retracé son parcours tout en soulignant comment elle a navigué entre ses deux cultures, haïtienne et américaine notamment.

Entre identité et appartenance culturelle

En effet, Melissa Eve Denose est une assistante administrative au « Center for Psychological Growth and Wellness », en Floride. Née en décembre 1998 aux États-Unis de parents haïtiens, la jeune fille a eu une enfance atypique. Dès son plus jeune âge, elle partage son expérience de vie entre deux cultures, une pratique qui lui a permis de mieux exploiter son héritage culturel. Toutefois, son chemin n’était pas sans embûches. Entre les défis et la beauté liés à l’acceptation de ses deux cultures, elle trace son itinéraire avec rigueur.

Les moqueries de l’enfance

Selon les propos de Melissa, elle faisait l’objet de railleries de ses pairs lorsqu’elle était enfant pour son surnom. “Les enfants se moquaient de moi pour mon deuxième prénom Eve. Ils m’associent avec l’histoire du christianisme en disant que c’est moi qui ai mangé la pomme”, explique l’assistante administrative avant d’affirmer que c’était vraiment ennuyeux de grandir dans un environnement pareil.

Melissa Eve Denose

Le sentiment d’entre-deux chez les Haïtiano-Américains

Suite à son expérience, elle constate que les Haïtiano-Américains sont confrontés à un problème ethnique récurrent dans la société américaine. Melissa explique avoir observé que les Américains d’origine ne considèrent pas les personnes ayant aussi la nationalité haïtienne comme leurs concitoyens. « On a toujours l’impression d’être un peu coincé au milieu », poursuit-elle.

Cette réalité qu’elle essaie de nier pendant un certain temps a eu l’effet d’une boule de neige dans sa vie. Cependant, au fil du temps, elle a remarqué qu’il y a des gens qui ont trouvé leur estime de soi et commencent à adopter davantage le fait d’être haïtien ou d’être haïtiano-américaine de manière décomplexée. “J’ai l’impression que cela a ouvert une fenêtre pour ma génération en particulier”, précise l’infirmière.

Par ailleurs, elle explique que l’appui des artistes, comme Black Dada, Wyclef Jean, Jason Derulo, qui ont revendiqué leur nationalité haïtienne ou haïtiano-américaine, joue un rôle prépondérant dans cette affirmation. “Je pense que cela a vraiment ouvert une porte pour que tout le monde commence à nous voir davantage et à nous accepter au lieu de dire que vous êtes métis, vous n’êtes pas entièrement haïtien”, lâche-t-elle.

Le Dr Jeff M. Cadichon

Vers une affirmation identitaire

Aujourd’hui, Melissa raconte qu’elle embrasse fièrement son héritage culturel haïtien, dont le créole, et que cela l’aide à répondre à certains besoins de son quotidien. Selon elle, l’apprentissage de cette langue était crucial pour elle sur le plan communicatif, bien qu’elle soit née aux États-Unis. “Il était vraiment important d’apprendre le créole parce que, du côté de ma mère, elle a beaucoup de famille en Haïti. C’était surtout la famille de mon père qui était ici, aux États-Unis », explique Melissa.

Par ailleurs, elle précise qu’avec la famille de son papa, elle parle couramment l’anglais, mais que sa mère ne voulait s’exprimer avec elle qu’en créole. “Elle disait souvent qu’elle parlerait seulement le créole. Je disais que je ne comprends pas ce qu’elle dit. Je me souviens que lorsque j’avais 7 ans, elle me demandait d’aller laver la vaisselle. Moi, qui lui ai dit que je ne comprends pas, elle me disait de me mettre à genoux ; lorsque je comprendrais, je pourrais revenir”, avoue-t-elle.

Ce jour-là, l’infirmière confie qu’elle pensait que sa mère était en train de lui faire peur un petit peu. Après cette situation, elle affirme avoir trouvé une résolution afin de mieux communiquer avec sa mère pour que cela ne se reproduise plus. “Je me suis dit que je vais commencer à utiliser des indices contextuels quand ma mère parle”, raconte Melissa.

Elle souligne également que son père avait attiré l’attention de sa mère sur le fait qu’elle vit aux États-Unis et qu’elle doit apprendre à parler l’anglais. En revanche, sa maman reste très ferme sur sa décision. “Elle disait que cela ne m’inquiète pas, ce sont mes enfants, ils vont comprendre et parler le créole”, souvient-elle.

Melissa Eve Denose et le Dr Jeff M. Cadichon

Langue, famille et transmission culturelle

En revanche son père voulait qu’ils maitrisent la langue française. “Mon père est un super professeur, il nous donne des livres à lire. Par conséquent, ma mère était brutale en ce qui a trait à l’apprentissage. Quand un membre de sa famille appelle, elle me dit : men pale ak moun sa […]” ajoute Melissa. Toutefois, elle finit par trouver un moyen de bien communiquer avec eux afin d’éviter de mettre sa mère en colère.