Signalement citoyen, IA, WhatsApp : ce que prépare Espace Civique

Written on 06/12/2026
Youbens Cupidon

Comment encourager les jeunes à prendre part à la vie publique dans un contexte où la méfiance envers les institutions et les défis liés à l’espace numérique occupent une place croissante ? La Fondation Avenir croit avoir une partie de la réponse dans la technologie.

L’organisation a lancé, le mardi 9 juin à Port-au-Prince, le Projet Espace Civique, une initiative développée en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et financée par le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix. L’objectif affiché est de renforcer la participation citoyenne des jeunes grâce à des outils numériques conçus pour faciliter l’accès à l’information, encourager l’expression citoyenne et promouvoir une gouvernance plus inclusive.

La cérémonie de lancement, organisée dans les locaux de la fondation à la rue Balmyr, a réuni des représentants d’institutions publiques, d’organisations de la société civile, du secteur technologique, du milieu universitaire ainsi que plusieurs organisations de jeunesse. Une rencontre qui a également servi d’espace de réflexion sur les rapports entre citoyenneté, technologie et engagement civique.

Des outils numériques au service de la participation citoyenne

Au cœur du projet figurent plusieurs outils destinés à rapprocher les citoyens des mécanismes de participation publique. Parmi eux, un chatbot WhatsApp d’information civique, une plateforme de signalement citoyen, un système d’analyse prédictive, un tableau de bord de gouvernance et un hackathon citoyen.

« Cette initiative vise à mettre l’emphase sur la responsabilité des citoyens en ce qui a trait à la protection des espaces publics, notamment la cybercriminalité », explique Etzer Emile, fondateur de la Fondation Avenir.

Selon lui, les enjeux liés aux violences et aux abus dans l’espace numérique peuvent constituer un frein à la participation de certaines catégories de la population, notamment les femmes, dans les espaces politiques et publics.

Pour Didier Perant, développeur du projet, ces outils ont été pensés pour répondre à plusieurs difficultés observées sur le terrain.

« Le projet va mettre en lumière le calvaire des victimes, puis les aider à trouver des assistances légales auprès des autorités étatiques afin de faire les suivis nécessaires », affirme-t-il.

Réfléchir à la place des jeunes dans l’espace numérique

Au-delà de la présentation des outils, la journée a été marquée par un panel autour du thème « Jeunesse, devoir civique et gouvernance numérique : quels enjeux ? ». Les échanges ont réuni Patrick Attié, cofondateur d’ESIH, et la politologue Stéphanie Sophie Louis.

Les discussions ont porté sur la place des jeunes dans la vie publique à l’ère des réseaux sociaux, mais aussi sur les défis liés à la régulation des espaces numériques en Haïti.

« Ce ne sont pas toutes les personnes qui savent que les critiques provenant d’une autre personne sur les réseaux sociaux sont une infraction. Bien qu’il ne soit pas encore légal en Haïti, car il n’y a pas de lois qui encadrent ces types d’infractions dans le pays […] », explique Stéphanie. « Cette démarche va aider les jeunes à comprendre que les réseaux sociaux peuvent servir d’outil politique ».

Favoriser l’expression tout en sensibilisant aux risques

L’écrivain Emmanuel Louis Jeune voit également dans cette initiative un moyen d’encourager une participation plus active des jeunes tout en les sensibilisant aux risques présents dans l’espace numérique.

« Ce projet va faciliter la liberté d’expression chez les jeunes tout en leur permettant de se protéger », indique-t-il.

Avec le Projet Espace Civique, la Fondation Avenir entend ouvrir de nouveaux espaces de dialogue entre citoyens, institutions publiques et organisations de la société civile. Reste maintenant à voir comment ces outils seront adoptés par les jeunes qu’ils cherchent précisément à mobiliser.

Photos : Wonder Jacques