Le Festival du film de Tribeca, haut lieu du cinéma indépendant à New York, s’est refermé sur un moment historique pour la culture caribéenne. Le réalisateur haïtiano-américain Elisee Junior St Preux a remporté la Mention spéciale du jury pour le Meilleur nouveau réalisateur de fiction (Special Jury Mention for Best New Narrative Director).
Cette consécration s’est officialisée le jeudi 11 juin 2026 lors de la prestigieuse cérémonie de remise des prix du festival. La distinction couronne son tout premier long-métrage, The Tropic Sun and His Eyes, sélectionné en compétition officielle internationale. Pour le cinéma haïtien, cette récompense à New York résonne comme un immense motif de fierté collective.
L’œuvre avait créé l’événement dès le 5 juin 2026, date de son avant-première mondiale (World Premiere). Projeté devant un public conquis et une diaspora mobilisée, le film a immédiatement séduit par son esthétique soignée. Le jury, quant à lui, a tenu à saluer la maturité narrative exceptionnelle de ce jeune metteur en scène.
Un projet profondément ancré en Haïti
Au-delà de la distinction individuelle, la trajectoire de cette œuvre revêt une importance hautement symbolique. C’est, en effet, la toute première fois qu’un long-métrage de fiction entièrement tourné sur le sol haïtien intègre et remporte un prix dans cette section compétitive de Tribeca. Un accomplissement technique et artistique remarquable au regard du contexte actuel de l’île.
Pour donner vie à ses images, Elisee Junior St Preux a choisi de poser ses caméras dans le nord d’Haïti, au cœur de la ville historique du Cap-Haïtien. Le tournage s’est distingué par l’implication d’une équipe technique et artistique majoritairement locale. Cette collaboration étroite avec les talents de l’île confère au projet une authenticité culturelle rare et vibrante.
L’intrigue suit le parcours initiatique de Ruben, un jeune homme de 26 ans interprété par l’acteur haïtien Stevenson Jean. Habité par une profonde mélancolie, Ruben décide de revenir des États-Unis vers sa terre d’origine. Son objectif est de renouer le dialogue avec un père mourant et distant avant qu’il ne soit trop tard.
Une quête d’identité à travers les provinces
Ce voyage intime prend rapidement la forme d’une longue marche pédestre à travers la nature verdoyante du pays. La trajectoire de Ruben se trouve bouleversée par l’apparition d’un enfant des rues particulièrement insistant. Ce jeune garçon, incarné par le jeune Pierre Blangue Machiny, refuse de le laisser avancer seul.
Un pacte implicite s’établit alors entre les deux marcheurs solitaires au fil des kilomètres. L’enfant guide Ruben à travers des chemins de traverse secrets en échange d’une présence protectrice. De cette cohabitation forcée sous le soleil des Tropiques naît une fraternité inattendue, transformant leur errance en une quête spirituelle.
Derrière cette trame romanesque, le cinéaste originaire de North Miami Beach puise dans ses propres fêlures familiales. Elisee Junior St Preux confie s’être inspiré de la disparition de sa propre sœur aînée, partie du domicile familial il y a douze ans sans jamais donner de nouvelles. Cette absence douloureuse a nourri son questionnement sur les non-dits familiaux et les séparations.
Lever le voile sur la santé mentale
Le film se positionne également comme une œuvre pionnière, s’affirmant comme la première fiction narrative haïtienne abordant frontalement la santé mentale. St Preux explore avec subtilité la vulnérabilité émotionnelle des hommes noirs et les traumatismes transmis de génération en génération. Des sujets cruciaux mais encore largement considérés comme tabous au sein de la communauté.
La production du film a bénéficié d’un soutien de poids pour s’assurer un écho international optimal. Le projet a été encadré par la structure Take Two Entertainment, menée par le duo Two Lewis et la célèbre actrice et productrice américaine Naturi Naughton-Lewis. Cet appui de la diaspora a grandement facilité l’accès du long-métrage aux écrans du festival new-yorkais.
Pour Elisee Junior St Preux, ce triomphe à Tribeca marque un retour triomphal, cinq ans après y avoir présenté son court-métrage Aurinko in Adagio. En braquant les projecteurs mondiaux sur le Cap-Haïtien, The Tropic Sun and His Eyes rappelle la vitalité du cinéma caribéen. Il prouve que la résilience artistique haïtienne est capable de franchir toutes les frontières, même les plus exigeantes.

