À Boston, une voix circule entre les studios, les salles de cours et les playlists de la diaspora. Rebecca Zama, connue sous le nom de scène ZAMA, n’avance pas sur une seule trajectoire. Elle passe du R&B au konpa sans rupture apparente, comme si les frontières des genres n’avaient jamais vraiment tenu.
Installée dans la ville américaine où elle poursuit un parcours en droit tout en développant sa carrière musicale, la chanteuse haïtiano-américaine s’impose progressivement dans un espace où les identités musicales se superposent. Son nom apparaît de plus en plus dans les collaborations entre artistes de la diaspora haïtienne, entre Montréal, Miami et Port-au-Prince.
Avant cette phase plus visible de sa carrière, ZAMA s’est fait remarquer très tôt. Elle a notamment interprété l’hymne national américain au Fenway Park de Boston, un moment souvent cité dans son parcours public. Depuis, elle navigue entre études, enregistrements et collaborations, en multipliant les langues dans ses morceaux : créole, anglais et français.
Dans ce paysage, sa musique s’inscrit dans une tendance plus large portée par une génération d’artistes haïtiens de la diaspora qui travaillent les hybridations entre R&B, pop urbaine et rythmes caribéens.
Une trajectoire construite par les collaborations
L’un des marqueurs du parcours récent de Rebecca Zama reste sa présence dans des collaborations ciblées, souvent construites autour de croisements géographiques et stylistiques.
« Game Over », sorti en 2025 et produit par le rappeur haïtien Troubleboy Hitmaker, marque une étape importante dans sa visibilité. Le morceau s’inscrit dans une esthétique konpa mid-tempo, avec une écriture centrée sur la rupture et la prise de distance dans les relations.
Dans le titre, elle pose une ligne simple qui structure le morceau : « I’m done with the cycle ». Une phrase qui revient comme un fil conducteur dans la narration du titre. Le morceau s’inscrit dans une logique où le konpa dialogue avec les codes du R&B sans chercher à les opposer.
Entre Boston et Montréal, les circulations de la diaspora
En 2026, « Touttan », en collaboration avec l’artiste canado-haïtien Kelly Krow, élargit encore le champ géographique de ses projets. Le morceau circule entre Boston et Montréal, deux pôles importants de la scène musicale haïtienne diasporique.
Sur une production qui mélange zouk contemporain et R&B, les deux artistes abordent les relations à distance et la continuité affective. Le morceau ne cherche pas l’effet dramatique. Il installe une ambiance construite sur la répétition et la fluidité des voix.
Dans ce titre, la logique de collaboration dépasse la simple association artistique. Elle reflète aussi des trajectoires migratoires et culturelles qui structurent une partie de la musique haïtienne actuelle.
Des dialogues féminins dans la musique haïtienne
Avec « Phoenix », sorti en 2023 aux côtés de Tafa Mi-Soleil, Rebecca Zama entre dans un registre plus frontal. Le morceau repose sur une écriture à deux voix, où les interprétations se répondent sans se recouvrir.
La chanson explore des thèmes liés à la reconstruction personnelle. Les deux artistes y construisent une dynamique d’échange vocal, sans hiérarchie apparente entre les voix.
Dans un extrait, Tafa Mi-Soleil pose une phrase qui résume l’esprit du morceau : « Nou leve ankò, menm lè tout bagay te kraze ». Une ligne qui revient comme un point d’ancrage dans la structure du titre.
Ce type de collaboration s’inscrit dans une dynamique plus large où les artistes féminines haïtiennes occupent progressivement des espaces de production et de visibilité plus affirmés dans les musiques urbaines.
Le créole comme point d’ancrage
Avec « Lanmou se Lanmou », sorti le 18 juin 2018, ce titre a marqué un tournant où Rebecca Zama est revenue à une écriture entièrement en créole. Le morceau s’inscrivait d’emblée dans une tradition de chansons qui abordent l’amour sans distinction de contexte ou de forme. Ce choix linguistique n’avait rien d’anodin dans un parcours où les langues cohabitent en permanence.
Une passerelle entre rap et soul
Dans « M ap Priye Pou Ou », en collaboration avec Troubleboy Hitmaker sur l’album L’aventure Continue, Rebecca Zama évolue dans un registre plus proche du rap.
Sa voix, orientée vers la soul, se positionne en contraste avec la structure hip-hop du morceau. Elle y adopte une approche plus posée, qui s’intègre dans la narration sans la dominer.
Ce type de collaboration illustre une logique désormais fréquente dans la scène haïtienne contemporaine : des passerelles entre rap, chant et konpa, où les rôles ne sont pas figés.
Une circulation continue
Le parcours de Rebecca Zama s’inscrit dans un mouvement plus large où les artistes de la diaspora haïtienne construisent des trajectoires transnationales. Boston, Montréal, Miami, Port-au-Prince : les points de passage sont multiples, les collaborations aussi.
Dans cet espace, sa discographie récente dessine une ligne claire : celle d’une artiste qui évolue dans les interstices des genres et des territoires, sans chercher à les fixer.
La suite de son projet, encore en préparation avec un premier EP annoncé, devrait prolonger cette logique de circulation. Reste à voir jusqu’où cette cartographie musicale continuera de s’étendre.

