Invitée de l’émission Carel In The Morning, Lorraine Manuel Steed, connue sous le nom de Lori, est revenue sur l’histoire de son ancêtre “Modeste Testas” à l’occasion de la présentation de son ouvrage Modeste Testas: The Journey from Africa to Haiti. Reçue par Carel Pedre lors de son passage en Floride, ce mardi 12 mai 2026, l’auteure a évoqué les recherches menées pendant plusieurs années autour de cette femme originaire d’Afrique de l’Est, enlevée durant son adolescence puis envoyée à Saint-Domingue avant de terminer sa vie à Jérémie, dans le sud-ouest d’Haïti.
Designer et promotrice de l’art haïtien, Lorraine Manuel Steed explique que ce projet s’inscrit autant dans une démarche historique que personnelle. Descendante de Modeste Testas à la septième génération, elle raconte avoir grandi dans une famille attachée à la transmission de la mémoire ancestrale. « Ma grand-mère prenait toujours le temps de nous parler de nos ancêtres. Elle voulait que nous connaissions nos origines africaines », confie-t-elle durant l’entretien.
Née en Haïti, où elle dit avoir effectué l’ensemble de ses études avant de quitter le pays, Lori affirme également collaborer depuis plusieurs années avec des artistes et peintres haïtiens. C’est après le décès de sa grand-mère et un séjour à Jacmel qu’elle commence à approfondir ses recherches sur l’histoire familiale. Sa mère lui parle alors d’un manuscrit rédigé par François Denys Légitime, petit-fils de Modeste Testas. « Ce manuscrit a été la première pièce du puzzle », explique l’auteure.
Dans ce document, l’ancien président haïtien évoque l’histoire de sa grand-mère, décrite comme une jeune Africaine kidnappée avant d’être déportée vers Saint-Domingue. En l’absence d’archives disponibles en Haïti, Lorraine Manuel Steed poursuit ensuite ses recherches aux États-Unis, notamment à l’Université de Floride et dans plusieurs centres d’archives à Philadelphie. « J’ai retrouvé plusieurs documents importants », indique-t-elle.
L’auteure affirme avoir consacré près de quinze années à cette enquête historique. Au départ, explique-t-elle, l’idée d’écrire un livre ne faisait pas partie de ses projets. Encouragée par ses proches et accompagnée d’historiens durant le processus, elle décide finalement de transformer ses recherches en ouvrage.
Au cours de l’entretien, Lorraine Manuel Steed revient également sur le parcours de Modeste Testas, arrivée à Saint-Domingue à l’âge de seize ans. « Alors qu’elle revenait d’un pèlerinage, sa famille a été attaquée et elle a été enlevée », raconte-t-elle.
Identifiée comme une « Adia », Modeste Testas aurait transité par Bordeaux avant d’être achetée par la famille Testas, propriétaire de plantations à Jérémie. Lori rappelle également que son ancêtre a été exploitée sexuellement durant sa période d’esclavage et qu’elle a donné naissance à neuf enfants.
L’entretien a aussi permis d’évoquer la statue de Modeste Testas installée à Bordeaux, réalisée par le sculpteur haïtien Filipo. Selon Lorraine Manuel Steed, cette initiative participe à un travail de mémoire autour de l’esclavage et de ses conséquences historiques. Elle précise également qu’une école porte aujourd’hui le nom de Modeste Testas.
La version française du livre avait été présentée en 2022 à l’Alliance française de Miami. Face à l’intérêt manifesté par plusieurs jeunes lecteurs, l’auteure entreprend ensuite une traduction anglaise du projet, un travail qui, selon elle, a nécessité près d’un an et demi.
En parallèle de ses activités littéraires, Lorraine Manuel Steed poursuit son engagement dans la promotion de l’art haïtien à travers Simbi Haïti, une initiative qu’elle développe depuis une quinzaine d’années autour des arts visuels, de l’artisanat et d’ateliers culturels.
En conclusion, l’auteure souligne l’importance de préserver la mémoire familiale et historique. « Il faut savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va », déclare-t-elle. L’ouvrage Modeste Testas: The Journey from Africa to Haiti est disponible en français et en anglais sur Amazon ainsi qu’aux librairies La Pléiade et Astérix.

