O-Mark transforme ses douleurs en lumière à travers son premier album intitulé « Li-MYÈ-L »

Written on 05/23/2026
Youbens Cupidon

Le chanteur haïtien Marco Frantz Junior Pierre, mieux connu sous le nom de scène O-Mark, a officiellement livré son tout premier album studio, intitulé « Li-MYÈ-L », le vendredi 15 mai. Disponible sur les plateformes de streaming, ce projet de 11 titres se présente comme un melting-pot de sonorités en mêlant afro, dancehall, compas love et reggae, dans une œuvre profondément personnelle où l’artiste raconte autant ses blessures que son espoir.

Derrière cette tracklist à forte portée sociale se cache surtout un récit de survie, construit au fil d’un parcours migratoire éprouvant entre Haïti, l’Amérique centrale et les États-Unis. Après la publication du projet, selon le chanteur, il ressent un immense sentiment de soulagement, car le processus de création de cet album a été particulièrement long, intense et chargé émotionnellement.

« Mais au-delà de ce soulagement, je ressens également beaucoup de fierté et une certaine vulnérabilité en voyant le public découvrir une facette aussi intime de ma personnalité », déclare l’artiste à notre rédaction afin d’exprimer son sentiment de vulnérabilité nourri par des années de stress, d’exil et de douleurs personnelles.

Le voyage comme source d’inspiration

L’interprète d’Ale Bae confie avoir entamé le processus d’écriture de « Li-MYÈ-L dans des conditions extrêmement difficiles lors de son long périple en Amérique centrale. « J’ai commencé à écrire cet album vers la fin de l’année 2023, durant un parcours migratoire extrêmement éprouvant qui m’a conduit du Nicaragua au Guatemala, puis au Honduras, au Mexique, avant mon arrivée aux États-Unis », raconte-t-il.

O-Mark affirme également que l’identité musicale de « Li-MYÈ-L » s’est construite progressivement au fil du processus créatif. La majorité des textes, notamment les morceaux à caractère social, avaient déjà été écrits pour ce projet lors de son passage au Mexique.

Parti précipitamment d’Haïti, il affirme avoir quitté le pays avec très peu d’affaires personnelles. « J’ai quitté mon pays dans l’urgence, les larmes aux yeux, accompagné d’un grand frère. À ce moment-là, je n’avais même pas de téléphone. Avant de partir, tout ce que j’avais réussi à emporter avec moi, c’était un bloc de feuilles blanches ainsi que mes documents personnels », avoue celui qui a dû partir après la montée des violences de gangs dans la capitale du pays.

D’après ses propos, chaque étape de cette traversée, chaque émotion et chaque épreuve sont devenues une source d’inspiration pour certains morceaux figurant sur ce projet. Il explique qu’à chaque endroit où il passait, une nouvelle chanson prenait naissance. Arrivé aux États-Unis à la fin de l’année 2024, il décide ensuite de transformer ce qui devait être un simple EP en un véritable album.

« À l’origine, le projet devait être un EP, parce que la majorité des morceaux que j’avais préparés étaient principalement des titres à caractère social, avec des influences afro et dancehall. Par la suite, j’ai ressenti le besoin d’y intégrer des sonorités compas love et reggae afin d’apporter davantage de richesse et de diversité musicale au projet », souligne le chanteur.

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De l’EP à l’album pour mieux narrer une histoire

Le morceau « Kouraj » Ou marque notamment un tournant décisif dans la construction du projet. En relisant ce texte qu’il écrivait lorsqu’il était au Mexique, O-Mark indique qu’il avait immédiatement compris qu’il devait absolument faire partie du projet pour son message. À partir de là, plusieurs chansons plus sentimentales s’ajoutent progressivement à l’univers du disque. « C’est précisément à cet instant que j’ai pris la décision de transformer l’EP en véritable album », ajoute-t-il.

L’artiste révèle aussi que le morceau « Presipite » a nécessité plusieurs ajustements avant sa version finale. Lui et son équipe ont énormément travaillé dessus jusqu’à trouver la version qui correspondait parfaitement à la direction artistique qu’il recherchait.

Un projet construit sur un fond spirituel

O-Mark affirme avoir voulu créer un projet où la souffrance côtoie constamment l’espérance. « Dans chacun des sujets abordés sur l’album, du premier au dernier morceau, il existe toujours une difficulté, une douleur ou une épreuve, mais également un message d’espoir, de résilience, de motivation et de délivrance », martèle l’artiste.

De plus, la foi y occupe une place centrale dans ce projet. « À travers cet album, l’un des messages les plus importants pour moi était de mettre en lumière la grandeur de Dieu, de le remercier pour toutes les fois où il m’a sauvé, guidé et soutenu », précise l’auteur de Rasanble.

Par ailleurs, plusieurs morceaux qui figurent sur ce projet sont symboliques pour lui, tels qu’Alo Jezi, Mwen Soti Ba, Kouraj Ou, Delivrans ou encore Gad On Bondje. « Parmi tous les morceaux présents sur l’album, celui qui résume le mieux l’esprit et l’essence de Li-MYÈ-L est sans aucun doute Gad On Bondje », avoue O-Mark.

Extérioriser la douleur à travers la musique

L’album est également traversé par des souvenirs particulièrement douloureux. Il évoque notamment un cas de kidnapping ainsi que plusieurs périodes de détresse psychologique durant la création du projet. « J’ai traversé énormément de stress et d’épreuves, depuis Haïti jusqu’à mon arrivée aux États-Unis, notamment avec le kidnapping de ma mère. Durant toute cette période, mon bloc-notes et mon stylo étaient devenus mes seuls véritables compagnons », renchérit le chanteur.

Il raconte aussi avoir enregistré certaines chansons dans des conditions précaires. Selon lui, il y a des morceaux qu’il enregistrait lorsque la police interrompait les séances à domicile à cause du bruit. « Alors que j’étais en train d’extérioriser une grande partie de ma douleur à travers la musique, le bruit aurait dérangé un voisin qui a finalement appelé la police. Les agents sont venus interrompre la séance d’enregistrement, ce qui m’a profondément affecté au point de me pousser à arrêter la musique pendant plusieurs semaines », se souvient-il.

Entre défis et volonté d’atteindre son objectif

Selon le chanteur, l’étape la plus difficile demeure toutefois le mixage de l’album, car c’est l’étape qui a demandé le plus de temps et qui a considérablement retardé la sortie du projet. De plus, la difficulté d’harmoniser plusieurs approches sonores en travaillant avec différents producteurs demeurait l’un des défis majeurs au cours de la production.

Pour lui, derrière le titre « Li-MYÈ-L » se cache une symbolique profondément spirituelle, car dans la majorité des morceaux, il parle de périodes sombres, difficiles et douloureuses de sa vie. « Et malgré toute cette obscurité, Dieu, à travers sa grâce et son amour, a mis de la lumière sur mon chemin et m’a permis de sortir des épreuves que j’ai traversées durant ces quatre dernières années », témoigne O-Mark.

Le chanteur explique que le nom de l’album évoque une double signification : d’un côté, il représente la lumière divine qui a guidé ses pas ; de l’autre, il évoque également le côté “miel”, cette douceur et cette espérance que l’on peut retrouver même après les moments les plus difficiles.

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L’importance de la versatilité

L’artiste insiste par ailleurs sur le caractère largement indépendant de ce premier album studio. Il ne dispose pas réellement d’une équipe fixe autour de lui, à part quelques producteurs et artistes. « En grande partie, je m’occupe personnellement de l’enregistrement et de l’arrangement des morceaux », explique O-Mark, avant de remercier plusieurs proches ayant contribué au projet, notamment Carl Edens Pierre et Kervens S. Pierre, entre autres.

Au final, « Li-MYÈ-L » apparaît comme bien plus qu’un premier album studio. Pour O-Mark, il représente surtout une délivrance intérieure. « Il m’a également fait comprendre que la musique, et plus précisément le micro, peuvent devenir l’une des armes les plus puissantes pour combattre ses douleurs, ses traumatismes et les situations difficiles de la vie », conclut-il.