« Mon fils est autiste » Tony Delerme se confie sans filtre

Written on 05/29/2026
Youbens Cupidon

Dans le discours public, les hommes parlent rarement de ce qui se passe quand la porte se ferme. Encore moins lorsqu’il s’agit de colère, de fatigue mentale ou de vulnérabilité. Dans Reframing Podcast, Tony Delerme choisit justement cet endroit-là : celui où la maîtrise de soi n’a rien d’un concept abstrait, mais devient une discipline quotidienne, parfois lourde à porter.

Dans l’épisode diffusé le 5 mai 2026, Dr Jeff Cadichon, créateur et présentateur du podcast, reçoit l’acteur, réalisateur et producteur haïtien pour une conversation qui glisse entre identité, héritage, paternité et santé émotionnelle. Un échange qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur la diaspora haïtienne aux États-Unis, entre intégration, pression sociale et maintien des repères culturels.

Fils du réalisateur et producteur Raynald Delerme, dit Baba, Tony Delerme est né en Haïti avant de rejoindre les États-Unis avec sa mère. Il décrit une arrivée marquée par des tensions et une forme de confrontation avec un environnement où les immigrants haïtiens font parfois face à des attitudes hostiles. Une expérience qui, selon lui, a forgé une partie de sa trajectoire personnelle. Entre mannequinat, sport et ingénierie électrique, il dit avoir multiplié les chemins, tout en gardant le théâtre comme ancrage principal.

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Tony Delerme et Dr Jeff Cadichon

La discipline émotionnelle comme ligne de survie

Au cœur de l’échange, un fil revient sans cesse : le contrôle de soi. Pas comme façade, mais comme stratégie de vie. Tony Delerme insiste sur un travail intérieur constant, loin des regards.

« J’effectue beaucoup de travail lié au développement personnel sur moi, en réfléchissant à ce qui me fait réagir ou agir. Parfois, je me réveille de mauvaise humeur, mais je fais en sorte de ne pas la laisser transparaître », explique-t-il.

Dans son récit, la gestion des émotions n’est pas un confort, mais une manière d’éviter que le quotidien ne déborde sur les autres. Il revendique une forme de responsabilité dans ses interactions.

« Je ne suis pas quelqu’un qui va se défouler sur des personnes qui n’ont rien à voir avec mon problème. Mais si tu me traites bien, je vais te traiter de la même manière », dit-il. Avant d’ajouter : « Si tu es mon ami, je t’explique ce que je traverse ».

Cette frontière entre ce qui est partagé et ce qui est gardé en soi structure une grande partie de sa réflexion. L’émotion existe, mais elle est filtrée.

Pour lui, cette discipline passe aussi par la manière de penser. Il parle de “recadrage”, une logique presque quotidienne.

« Souvent, il y a des gens qui disent qu’ils n’ont pas de chance. La vie ne fonctionne pas ainsi. C’est vous qui cultivez ce genre d’idées dans votre esprit », affirme-t-il. Et il résume cette approche par une idée simple : « Dans tout ce qui arrive dans la vie, il y a toujours une leçon à tirer ».

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Tony Delerme

Paternité, autisme et apprentissage permanent

L’autre axe fort de l’épisode bascule vers la sphère intime. Tony Delerme parle de son rôle de père d’un enfant autiste sans détour, avec une forme de lucidité qui laisse peu de place aux discours romancés.

« Mon fils est autiste. Nous faisons énormément d’efforts avec lui », confie-t-il.

Derrière cette phrase, une réalité faite d’ajustements constants, de patience et de réorganisation permanente du quotidien. Il évoque aussi les limites imposées par sa trajectoire professionnelle et personnelle, qui ne lui permettent pas toujours d’être aussi présent qu’il le souhaiterait.

Il revient également sur son propre cadre familial. « Je n’avais pas vraiment reçu d’éducation sur la manière de construire une relation familiale. N’oubliez pas que celle de mes parents n’a pas duré longtemps », explique-t-il, liant son histoire personnelle à sa manière d’appréhender la parentalité.

L’annonce du diagnostic de son fils a marqué un tournant. « Je ne sais pas ce que la vie lui réserve », dit-il, dans un mélange d’incertitude et d’acceptation. Mais il refuse une lecture réductrice de l’autisme : « Les enfants autistes comprennent la vie d’une manière différente ».

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Dr Jeff Cadichon

Transmission, violence et modèles familiaux

L’épisode aborde aussi une question plus large : celle de la transmission dans les familles et de l’impact des environnements violents sur les enfants.

Pour Tony Delerme, chaque journée avec son fils s’inscrit dans un apprentissage mutuel. Une construction lente, loin des modèles figés.

Il prend aussi position sur la manière dont l’autorité est exercée dans certains foyers. Une réflexion qui dépasse son cas personnel pour toucher des dynamiques plus larges.

« Je ne suis pas le maître de ma femme ni de mon fils. Je constate qu’il y a des gens qui usent de violence dans leurs relations familiales. Si j’ai l’habitude de frapper mon fils, lorsqu’une autre personne le frappe violemment, il risque de banaliser cette violence parce qu’il y a été habitué », souligne-t-il.

Derrière cette lecture, une idée revient : les comportements appris dans l’enfance façonnent la manière dont la violence est perçue, acceptée ou reproduite.

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Tony Delerme et Dr Jeff Cadichon

Une parole qui dépasse l’intime

Au-delà du témoignage personnel, l’échange avec le Dr Jeff Cadichon s’inscrit dans une réflexion plus large sur la santé mentale, la masculinité et la diaspora haïtienne. Une génération prise entre plusieurs espaces, plusieurs responsabilités, et parfois peu d’endroits pour déposer ce qui déborde.

Dans cet épisode, Tony Delerme ne propose pas de solution. Il expose un fonctionnement, une manière de tenir debout dans des contextes multiples : carrière artistique, parentalité, héritage familial, migration.

Une parole qui laisse en suspens une question plus large : jusqu’où la maîtrise de soi protège-t-elle, et à partir de quel moment commence-t-elle à tout contenir ?