Lenny Auguste clôture le Festival “Haïti_221” à Kinshasa

Written on 02/26/2026
LA RÉDACTION

La chanteuse haïtienne Lenny Auguste a assuré le concert de clôture de la première édition du Festival Haïti_221, organisé le 22 février 2026 à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Invitée à marquer la fin de cet événement consacré aux liens entre Haïti et la République démocratique du Congo, l’artiste est revenue, dans un échange avec Chokarella, sur cette expérience, sur la manière dont elle a vécu ce moment et sur les échos d’Haïti qu’elle dit avoir ressentis à distance.

Clore cette première édition représentait pour elle un symbole inscrit dans une dynamique de rapprochement entre Haïti et la République démocratique du Congo. Elle explique avoir accepté l’invitation avec un sentiment de responsabilité, soulignant la portée culturelle de l’initiative : « C’est un honneur pour moi de clôturer la première édition du festival Haïti_221 qui met un accent sur les liens entre Haïti et la RDC. Quand j’ai reçu l’invitation pour ce festival, ce fut avec fierté que j’ai accepté à participer à ce dialogue inter-culturel. » Elle ajoute : « Et offrir ce concert entre les murs de la République Démocratique du Congo est une expérience très enrichissante en culture et en histoire. Et je suis très heureuse de vivre cette expérience. »

Au-delà de la scène, ce déplacement sur le continent africain s’est imposé à elle comme une étape personnelle. Lenny Auguste dit avoir longtemps perçu ce voyage comme un besoin lié à son identité et à son parcours spirituel : « J’ai été très excitée de faire ce voyage en Afrique, parce que j’ai toujours cru que c’était un besoin nécessaire pour moi en tant qu’haïtienne, chanteuse et vodouisante. » Elle poursuit : « en arrivant en République Démocratique du Congo, j’ai été surprise de constater que ce n’était pas un simple besoin mais un devoir ultime. Et je pense que tout haïtien devrait un jour visiter l’Afrique mais surtout l’Afrique noir. »

Initialement, la chanteuse envisageait de partager la scène avec une artiste congolaise. Ce projet n’ayant pas abouti, elle a choisi d’adapter sa prestation en laissant place à l’improvisation et à l’expérimentation. Elle décrit un processus d’échange avec les musiciens locaux : « Je savais que j’allais en avoir besoin. Je savais que ce voyage allait changer quelque chose en moi et aussi dans mon répertoire. Et c’était le cas. En travaillant avec les musiciens congolais, j’ai modifié mon répertoire pour le concert en y intégrant un peu de musique congolaise, dans le but de faciliter ce partage et aussi, de découvrir leur culture musicale. »

À son arrivée à Kinshasa, l’artiste évoque un sentiment immédiat de familiarité. Elle raconte : « Dès que j’ai mis les pieds à Kinshasa, beaucoup de sentiments m’ont envahi. Ma première réaction c’était que “je suis en Haïti” et je n’étais pas au bout de mes surprises. En traversant cette route qui ressemblait d’une manière stupéfiante à la route de “Kafou Ayopò”, je me suis dit que j’avais beaucoup de choses à partager à travers ce concert. »

Cette impression a laissé place à une réflexion sur des réalités sociales qu’elle juge comparables, notamment autour de la perception du vodou. Selon elle, cette tradition spirituelle demeure marginalisée dans les deux pays. Elle explique que ce constat a orienté le cœur de sa performance, centrée sur des chants vodou interprétés avec des musiciens congolais, dont certains lui ont confié leur méconnaissance ou leur appréhension face à cette pratique : « je ne savais pas encore c’est que ce pays vivait aussi les mêmes handicaps que nous. Le Vodou est autant marginalisé en RDC qu’en Haïti, et c’est pour cette raison que ma performance s’accentue sur des chants vodou avec des musiciens congolais qui, pour la plupart, redoutaient encore ce que c’était vraiment. »

Au terme de cette immersion, Lenny Auguste estime que cette expérience conforte son engagement. Elle y voit la nécessité de défendre les héritages culturels africains et les spiritualités ancestrales : « Je crois qu’en tant qu’artiste qui s’engage à la cause de la culture, cette expérience redouble ma promesse d’aller à l’encontre de cette banalisation de la culture africaine et la spiritualité ancestrale » ; « Il est impératif que ce dialogue entre les peuples afro-descendants se perpétue et qu’à cette ère décisive, on puisse poser des actions plus concrètes et questionner plus profondément nos engagements envers nos pays et leurs valeurs culturel. »

Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve© Chokarella