À l’occasion de la Journée mondiale du travail social, célébrée ce mardi 17 mars autour du thème “Coconstruire l’espoir et l’harmonie ; un appel à l’harambee (rassemblement) pour unir une société divisée”, le Groupe de Réflexion et d’Action en Travail Social (GRATS) a organisé une série d’activités à distance. Deux webinaires ont été réalisés en prélude à la date officielle, tandis qu’une formation est prévue pour le 10 avril prochain.
Cette formation, dont les inscriptions sont ouvertes du 10 au 30 mars, vise à renforcer les compétences des professionnels haïtiens en évaluation du fonctionnement social (EFS). Elle sera réalisée en collaboration avec le CHU de Québec–Université Laval.
Selon le coordonnateur général de la structure, Fegens Turnier, l’EFS constitue une étape importante dans l’intervention en travail social. Elle permet une analyse approfondie de plusieurs dimensions, notamment les conditions de vie, les ressources, les vulnérabilités ainsi que les dynamiques sociales influençant les situations vécues par les personnes, les familles et les communautés. “Dans un contexte marqué par des crises multidimensionnelles comme le nôtre, le développement de ces compétences devient indispensable pour garantir des interventions sociales pertinentes et adaptées”, déclare-t-il.
La formation s’adresse aux travailleurs sociaux et travailleuses sociales, ainsi qu’aux professionnels intervenant dans les secteurs de la santé, de la protection sociale et du développement communautaire. Les étudiants en travail social sont également invités à y participer. “L’objectif est de leur fournir des outils d’analyse et des repères méthodologiques leur permettant d’améliorer la qualité de leurs interventions sur le terrain”, indique le coordonnateur général.
Cette initiative s’inscrit également dans une démarche visant à contribuer à la professionnalisation du travail social en Haïti, notamment par l’introduction de nouvelles approches et de nouveaux outils. Elle participe aussi au positionnement du GRATS comme un acteur engagé dans la formation et la réflexion en travail social. Le partenariat avec le CHU de Québec–Université Laval entend, par ailleurs, permettre aux participants de bénéficier de l’expertise de l’institution, notamment dans le domaine de l’intervention sociale en milieu institutionnel et hospitalier. “Il représente également une opportunité de créer un espace d’échange entre pratiques québécoises et réalités haïtiennes, dans une logique de collaboration internationale, de partage de connaissances et de co-construction de solutions adaptées à notre contexte”, poursuit Fegens Turnier.
En amont de cette formation, deux webinaires ont été organisés autour des enjeux liés aux politiques sociales en Haïti, avec l’objectif de placer cette discipline au cœur des réflexions publiques. Lors du premier webinaire, tenu le 13 mars, le GRATS a convié le professeur à l’Université d’État d’Haïti, Hancy Pierre, pour intervenir sur le thème “Le processus d’institutionnalisation du travail social en Haïti au regard des politiques sociales”, en présence du travailleur social Anielo Thomas. “Ce webinaire a permis d’établir un diagnostic de base des mécanismes d’institutionnalisation de la profession. Certes, celle-ci a connu des avancées, mais il demeure un manque important, notamment en ce qui concerne la création d’un Ordre professionnel chargé de réglementer à la fois la pratique et la formation”, ajoute-t-il.
Le deuxième webinaire, organisé le samedi 14 mars sur Zoom, a réuni la professeure à l’Université d’État d’Haïti, Irdele Lubin, autour du thème “Travail social et pouvoir ; analyse critique des rapports de domination dans l’intervention sociale”. La travailleuse sociale Yslange Vincent y participait en tant que discutante. “le deuxième webinaire visait à sensibiliser les travailleurs sociaux et les travailleuses sociales sur leurs modes de pratique actuels. […] les modèles d’intervention tendent à être spontanéistes et s’inscrivent souvent dans la logique des institutions internationales, qui peinent toutefois à apporter des réponses concrètes aux réalités sociales haïtiennes”, précise Fegens Turnier.
D’après le coordonnateur, la structure évolue encore dans un contexte marqué par des mécanismes de sensibilisation, alors que la situation du pays est caractérisée par l’érosion de l’État de droit et la montée de dynamiques qualifiées d’anarchiques. Dans ce contexte, le travail social occupe une place centrale pour le bien-être des populations, reposant sur des principes de justice sociale, de dignité humaine et de changement social. “Il doit être appréhendé non seulement comme une pratique d’intervention, mais aussi comme un champ profondément politique. Il s’inscrit dans des rapports de pouvoir complexes, où l’absence de régulation institutionnelle renforce les inégalités et expose davantage les populations vulnérables”, juge-t-il.
Selon lui, le travail social peut s’articuler autour de trois dimensions. “une fonction de protection immédiate, une fonction critique d’analyse des rapports de domination, et une fonction politique de plaidoyer pour la reconstruction de l’État social pour le bien-etre des populations”, observe le coordonnateur.
Fegens Turnier estime que le thème retenu cette année pour la Journée mondiale du travail social prend une résonance particulière dans le contexte haïtien.“Ce thème met en évidence la nécessité de promouvoir des approches collectives, participatives et inclusives face aux multiples fractures sociales qui traversent nos sociétés”, lâche-t-il.
Pour lui, la notion d’« harambee », entendue comme un appel au rassemblement et à la solidarité, invite à repenser les modes d’intervention en valorisant la participation active des communautés dans la construction des réponses sociales.
En somme, la célébration de cette date revêt une importance particulière, en ce qu’elle permet de rappeler le rôle du travail social. “Il constitue à la fois une discipline et une pratique professionnelle visant à comprendre les problèmes sociaux dans leur complexité et à intervenir de manière adaptée auprès des individus, des groupes et des communautés”, conclut-il.
Par Youbens Cupidon © Chokarella

