Remy Telfils met en avant le café haïtien au Paris Café Festival

Written on 04/22/2026
LA RÉDACTION

L’agronome haïtien Remy Telfils a représenté Haïti à la 7e édition du “Paris Café Festival”, organisée du 11 au 13 avril au Carreau du Temple, à Paris. Cet événement international a réuni des professionnels, des producteurs, des torréfacteurs et des passionnés venus de plusieurs pays autour des enjeux liés à la production et à la valorisation du café.

Pendant trois jours, le festival a proposé une immersion dans l’univers du café avec plus de 1 000 variétés présentées à la dégustation et la participation d’une cinquantaine de torréfacteurs, représentant près de la moitié des exposants. Au programme également : ateliers, démonstrations, échanges professionnels et rencontres entre acteurs du secteur, dans un contexte marqué par l’évolution des tendances de consommation et les innovations dans la filière.

La participation de Remy Telfils s’inscrit dans une dynamique de promotion du café haïtien, un produit reconnu pour ses qualités aromatiques mais encore peu valorisé sur les marchés internationaux.

« Représenter Haïti au Paris Café Festival est pour moi un immense honneur. C’est l’occasion de faire flotter haut le drapeau de mon pays dans un contexte international et de montrer que, malgré les difficultés, Haïti possède un potentiel extraordinaire », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à notre rédaction.

À travers son entreprise Telfils Café Luxe, l’agronome entend contribuer à repositionner la filière café haïtienne dans les circuits internationaux. Selon lui, le café peut devenir un produit de niche capable de s’imposer grâce à ses caractéristiques uniques.

« Être présent à ce festival, c’est démontrer que le café haïtien peut être un symbole de résilience et de créativité, et que notre pays a toute sa place dans le cercle des producteurs de café de qualité. C’est un privilège pour moi, mais aussi un signal fort pour Haïti », ajoute-t-il.

Pour Remy Telfils, cette présence internationale permet également de changer le regard porté sur Haïti. Il estime que les initiatives économiques et entrepreneuriales doivent être davantage mises en avant, en particulier celles portées par de jeunes professionnels.

Un intérêt croissant pour le café haïtien

Sur place, le café haïtien a suscité un intérêt particulier auprès des visiteurs. « De nombreux visiteurs se sont arrêtés à notre stand, parfois surpris de découvrir qu’Haïti produisait du café. Cette rencontre a été l’occasion de faire découvrir un produit d’exception, à la fois par sa qualité et par son goût unique », explique l’agronome.

Les dégustations ont permis de mettre en avant un café décrit comme corsé, aromatique et doté d’une identité forte. Selon Remy Telfils, les réactions ont été globalement positives, tant du côté du public que des professionnels du secteur.

Il souligne également l’intérêt croissant pour les produits naturels et traçables. « Les visiteurs étaient intrigués par le fait que le café haïtien soit naturel, bio et sans OGM, ce qui représente une garantie supplémentaire dans un contexte mondial marqué par des préoccupations liées à l’alimentation », poursuit-il.

Selon lui, cette dimension renforce l’image du café haïtien comme un produit authentique, en phase avec les nouvelles attentes des consommateurs, de plus en plus tournés vers la qualité et la transparence.

Échanges professionnels et perspectives commerciales

Au-delà de la visibilité, la participation au festival a également permis des échanges avec des acteurs internationaux du secteur. Des discussions ont notamment porté sur la formation, la transformation et les opportunités commerciales.

« J’ai eu des rencontres très prometteuses avec des acheteurs potentiels intéressés par le café haïtien, souhaitant le torréfier et le distribuer sur leurs marchés nationaux », indique Remy Telfils.

Pour lui, ces opportunités ouvrent la voie à une meilleure intégration du café haïtien dans les circuits commerciaux internationaux, tout en renforçant la visibilité du pays sur ce segment.

Une filière entre potentiel et fragilités

En Haïti, la filière café reste confrontée à plusieurs défis structurels. L’agronome évoque notamment la baisse de la production, liée à des périodes où les producteurs ont été confrontés à des prix d’achat très faibles, les poussant parfois à se tourner vers d’autres cultures vivrières.

Le déboisement constitue également un obstacle majeur. Le café étant une plante de montagne nécessitant une couverture forestière, la dégradation de l’environnement affecte directement la production.

« Le café est une plante orophile-ombragée. Sans forêt, il ne peut pas se développer correctement », rappelle-t-il.

À cela s’ajoutent l’exode rural, le vieillissement des plantations et le manque d’encadrement technique et institutionnel. Des facteurs qui fragilisent la filière et limitent son développement.

Un produit toujours recherché à l’international

Malgré ces difficultés, le café haïtien conserve une image positive sur certains marchés spécialisés. Selon Rémy Telfils, sa singularité aromatique reste un atout majeur.

« Les consommateurs qui connaissent le café haïtien savent qu’il s’agit d’un produit rare, porteur d’une identité forte », explique-t-il.

Il estime que cette reconnaissance peut constituer un levier important pour repositionner Haïti dans la chaîne mondiale de valeur du café, notamment dans les segments haut de gamme et de niche.

Des pistes pour relancer la filière

Face aux difficultés, plusieurs pistes sont envisagées pour relancer la production. Remy Telfils insiste sur la nécessité de renouveler les plantations, de renforcer la formation des producteurs et de développer des programmes de reboisement.

« Il est indispensable de mettre en place une politique cohérente centrée sur la relance des cultures pérennes », estime-t-il.

Il souligne également le rôle essentiel des jeunes agronomes dans la modernisation du secteur, à travers l’introduction de techniques plus adaptées et plus durables.

Par ailleurs, il plaide pour une meilleure promotion du café local auprès des consommateurs haïtiens, afin de renforcer la demande intérieure.

« Il faut encourager la consommation locale et rendre le café haïtien plus accessible », ajoute-t-il.

Un projet de relance à Cap Rouge

Dans cette perspective, Remy Telfils indique travailler actuellement sur un projet de production de plantules de café dans la section communale de Cap Rouge. L’objectif est de relancer la culture dans une zone historiquement productrice.

« Ce projet vise à redonner vie à une région où la production avait fortement diminué », précise-t-il.

Les plantules produites seront redistribuées aux planteurs afin de renouveler les plantations et de renforcer la filière sur le long terme.

Un parcours construit autour du café

Entre engagement personnel et trajectoire entrepreneuriale, Remy Telfils se définit comme un acteur engagé dans la valorisation du café haïtien. Il a étudié l’agronomie à l’Université G.O.C de Port-au-Prince entre 2012 et 2017, avant de fonder en 2013 Telfils Café Luxe.

Issu d’un environnement familial lié au café, il considère ce produit comme une partie intégrante de son identité. « C’est un produit qui fait partie de mon histoire personnelle », affirme-t-il.

Son parcours est marqué par plusieurs étapes, notamment sa participation au concours Digicel Entrepreneur Champion Grand Sud, où il a été finaliste. En 2025, il a également été sélectionné au programme Young Leaders of the Americas Initiative (YLAI), une expérience qu’il considère comme structurante pour son développement professionnel.

Aujourd’hui, il décrit le café haïtien comme un produit à forte identité aromatique. « C’est un café corsé, avec une acidité marquée et une pureté qui le rendent unique », explique-t-il.

Selon lui, cette identité est le résultat d’un ensemble de facteurs liés au terroir, à l’altitude et aux pratiques agricoles traditionnelles.

Un café lié au terroir et à la mémoire

Pour l’agronome, le café haïtien est également porteur d’une dimension culturelle et historique. Il évoque un produit transmis de génération en génération, profondément enraciné dans les zones de production.

Les principales régions productrices se situent dans le Sud-Est du pays, où les conditions naturelles sont jugées favorables.

« Le café haïtien pousse en altitude, entre 1 200 et 1 500 mètres, sous couverture forestière », précise-t-il. Il souligne que plus l’altitude est élevée, plus le café gagne en finesse et en complexité aromatique.

Malgré les défis structurels auxquels fait face la filière, Rémy Telfils reste convaincu du potentiel du café haïtien sur la scène internationale. Entre valorisation, innovation et relance agricole, il entend poursuivre ses efforts pour repositionner ce produit dans les circuits mondiaux. « Le café haïtien est un produit porteur de mémoire, de résilience et de savoir-faire », conclut-il.

Par Youbens Cupidon © Chokarella