Dans le cadre de son émission « Carel in the Morning », Carel Pedre a reçu, le vendredi 1er mai 2026, Samy Beatz, de son vrai nom Samuel Sanon, un beatmaker haïtien dont le parcours s’inscrit dans les mutations actuelles de l’industrie musicale. En effet, depuis Haïti, il développe une activité tournée vers l’international, collaborant avec des marques spécialisées et s’appuyant sur une audience en croissance sur YouTube, où il cumule aujourd’hui plus de 100 000 abonnés.
Ainsi, au fil de cet entretien, plusieurs axes se dégagent : la monétisation de la musique à distance, les stratégies de croissance sur les plateformes numériques, les exigences liées aux standards internationaux, ainsi que les conditions d’exercice du métier de producteur dans un contexte haïtien.
Par ailleurs, installé au Cap-Haïtien depuis son départ de Port-au-Prince en juillet 2023, Samy Beatz évoque un parcours ancré dans son environnement. Originaire de Plaisance, il indique envisager un retour dans sa ville d’origine. Toutefois, malgré les contraintes liées notamment aux infrastructures numériques, il explique avoir progressivement construit une activité viable à l’échelle internationale : « Aujourd’hui, je suis au Cap-Haïtien. Avant, je vivais à Port-au-Prince, que j’ai quitté en juillet 2023. Je viens de Plaisance, et mon projet est d’y retourner pour y vivre », confie-t-il.
Dans ce contexte, son entrée dans la production musicale remonte à ses années universitaires en ethnologie. Plus précisément, lors d’un séjour aux Gonaïves, il découvre le logiciel FL Studio, qui devient par la suite un outil central dans sa pratique : « J’ai commencé à produire des beats à l’université. Lors d’une période de vacances aux Gonaïves, mon cousin m’a initié à FL Studio. Ensuite, j’ai continué seul, malgré les difficultés liées à Internet. »
Dès lors, il décrit une phase d’apprentissage marquée par une forte implication personnelle : « Après les cours, je ne faisais que ça. J’y passais énormément de temps, ce qui m’a permis d’atteindre un standard élevé, voire international. » Dans un premier temps, il collabore avec des artistes haïtiens, avant de compléter sa formation en ingénierie audio à Jacmel.
Cependant, face à certaines limites rencontrées dans ses collaborations locales, il opère un changement d’orientation : « Je voulais travailler selon des standards élevés et respecter les normes du milieu. »
C’est ainsi que ce repositionnement passe par la création d’une chaîne YouTube, conçue comme un espace de diffusion et de démonstration de ses compétences. Il y publie des tutoriels et développe progressivement une vitrine de son travail. Par ailleurs, avec des moyens limités, notamment le téléphone de son épouse, il apprend les techniques de captation et de montage : « J’ai tout appris sur le tas. À ce moment-là, le plus important était de construire un catalogue. »
Dès lors, la plateforme devient un outil central dans son modèle économique. « Je publie mes beats, et grâce aux liens, les gens me contactent pour acheter ce qui leur plaît. »
En parallèle des ventes, il met en place des mécanismes de fidélisation, à travers des réductions, du contenu additionnel et des échanges directs avec ses clients.
Par la suite, il évoque un premier seuil significatif dans ses revenus : « La première fois que j’ai gagné 1 100 dollars, j’étais extrêmement enthousiaste », dit-il.
De plus, son activité s’étend également à la création et à la commercialisation de drum kits, destinés à d’autres producteurs. « Je vis de cette activité depuis 2018-2019. »
Sur le plan créatif, en revanche, Samy Beatz met en avant une approche basée sur la simplicité : « Mon processus est de faire le beat le plus simple possible. La sélection des sons est essentielle », explique-t-il.
Par ailleurs, il décrit aussi sa manière de gérer les périodes de ralentissement, en alternant production intensive et temps de recul.
De même, au cours de l’entretien, il souligne l’implication de son épouse dans le développement de son activité : « Elle joue un rôle majeur, notamment dans la gestion du business. Elle m’aide à prendre les bonnes décisions. »
Visibilité et reconnaissance progressive
Dans ce prolongement, l’obtention de la plaque YouTube des 100 000 abonnés constitue, selon lui, une étape importante : « C’était un rêve de vendre mes sons partout dans le monde. Je suis fier de l’avoir réalisé depuis Haïti », indique le producteur.
En outre, ses contenus attirent également l’attention d’entreprises du secteur, telles qu’Arturia et Slate Digital, après une première reconnaissance liée à FL Studio.
Par ailleurs, d’abord réalisés en créole, ses tutoriels évoluent progressivement vers l’anglais afin de toucher un public plus large. « J’ai appris en regardant des films et des tutoriels en anglais, sans me complexer », précise-t-il.
Entre innovations technologiques et contraintes locales
Dans un autre registre, interrogé sur l’intelligence artificielle, il adopte une position pragmatique : « Je vois l’IA comme un outil. »
Parallèlement, concernant les droits d’auteur en Haïti, il insiste sur la nécessité d’un encadrement plus structuré : « Il faut une réflexion pour encadrer ce domaine. »
Enfin, après un ralentissement lié à son départ de Port-au-Prince, il affirme vouloir relancer son activité : « Aujourd’hui, je me bats pour retrouver de la constance et faire évoluer mon business. »
Dans cette perspective, parmi ses projets, il mentionne des collaborations envisagées avec des artistes haïtiens, notamment J Perry et Kenny Haiti, tout en poursuivant une démarche de fusion entre influences internationales et références locales.
En définitive, à travers ce parcours, Samy Beatz décrit une trajectoire construite depuis Haïti, en lien avec les outils numériques et les dynamiques globales de l’industrie musicale. « Mon objectif est aussi d’aider à donner plus de valeur à ce que nous faisons », conclut-il.
Regardez l’interview complète de Carel Pedre avec Samy Beatz sur la chaîne YouTube de Chokarella ci-dessous :
Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve© Chokarella

