« Femmes Résilientes », un projet du CITE pour accompagner 100 femmes dans le Sud

Written on 05/23/2026
Youbens Cupidon

Dans un contexte marqué par la vulnérabilité croissante des communautés rurales face aux crises économiques et climatiques, le Centre d’Innovation Technologique et Entrepreneuriat (CITE) veut faire du projet « Femmes Résilientes » un outil d’autonomisation durable pour les femmes du département du Sud. Lancée officiellement aux Cayes le dimanche 26 avril, sous le thème « Femme Résiliente : Autonomisation économique et leadership féminin face au changement climatique dans le Sud d’Haïti », cette initiative entend accompagner 100 filles-mères et femmes rurales des communes des Cayes et de Cavaillon.

Lors du panel organisé autour du thème « Fanm, latè ak lavni », le CITE est revenu sur le rôle encore sous-estimé des femmes dans le secteur agricole haïtien. « Les femmes jouent un rôle fondamental dans la production agricole et la sécurité alimentaire, mais leur contribution reste souvent peu reconnue », affirme la secrétaire du CITE, Myrline Edmond. « Beaucoup de femmes travaillent dans les champs, participent au commerce local et soutiennent l’économie familiale sans bénéficier d’une réelle visibilité ou d’un accès équitable aux ressources. »

Un projet favorisant le développement durable

La secrétaire générale du CITE explique que ce projet, financé par l’Ambassade de France en Haïti à travers le Fonds Équipe France – Société Civile (FEF-OSC) 2025-2026, est né d’un besoin concret observé dans les communautés rurales du Sud. « Fondé en novembre 2017, le CITE est né d’une volonté claire de rapprocher l’innovation, l’entrepreneuriat et le développement durable des communautés les plus vulnérables en Haïti », raconte-t-elle.

Depuis plusieurs années, l’organisation affirme avoir constaté que les populations rurales, particulièrement dans le département du Sud, faisaient face à un manque d’accompagnement structuré en matière de formation, d’inclusion économique et de résilience climatique. Selon la représentante, beaucoup de jeunes et de femmes possèdent un potentiel important, mais disposent de peu d’opportunités pour transformer ce potentiel en véritable autonomie économique.

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Une initiative conçue pour les femmes rurales et les filles-mères

Myrline Edmond souligne que le CITE voulait combler un vide lié à l’absence d’initiatives locales capables d’allier innovation sociale, développement communautaire et adaptation aux changements climatiques. Elle affirme également que l’organisation a construit une approche plaçant les communautés au centre des solutions, avec une attention particulière accordée aux femmes rurales et aux jeunes.

« Les femmes rurales et les filles-mères représentent l’un des groupes les plus vulnérables face aux crises économiques, sociales et climatiques en Haïti. Dans plusieurs localités des Cayes et de Cavaillon, nous avons observé que ces femmes sont souvent responsables du foyer tout en ayant un accès très limité aux ressources économiques, à la formation et aux espaces décisionnels », déclare Myrline Edmond.

L’impact direct du changement climatique sur les femmes rurales

La secrétaire précise également que ces communes subissent fortement les conséquences des catastrophes naturelles et de l’insécurité alimentaire. Pourtant, les femmes de cette région jouent déjà un rôle essentiel dans l’agriculture, le commerce local et la survie des familles. « Le projet vise donc à renforcer les capacités déjà existantes afin qu’elles puissent devenir de véritables actrices du développement local », affirme la responsable.

L’organisation met aussi l’accent sur les conséquences directes des changements climatiques sur les femmes rurales par l’intermédiaire de ce projet. Selon la structure, les changements climatiques affectent directement les moyens de subsistance des femmes rurales. « Les périodes de sécheresse, les inondations, la dégradation des sols et les événements climatiques extrêmes réduisent les récoltes et fragilisent les activités génératrices de revenus. Cela entraîne une augmentation de la précarité alimentaire et financière au sein des ménages », indique-t-elle.

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La montée des inégalités sociales après les crises

Sur le plan social, le CITE estime que ces crises accentuent davantage les inégalités. Les femmes sont souvent obligées d’assumer davantage de responsabilités lorsque les familles traversent des crises économiques. D’après les données disponibles, certaines doivent abandonner leurs activités ou réduire leur participation communautaire afin de répondre aux besoins urgents de leurs enfants. Cette situation limite leurs opportunités d’émancipation et renforce les inégalités déjà existantes.

À travers « Femmes Résilientes », l’organisation affirme vouloir dépasser la logique d’assistance temporaire. « Le projet ne se limite pas à une assistance ponctuelle. Notre objectif est de construire un modèle durable d’autonomisation économique et sociale. Nous travaillons sur le renforcement des compétences, l’accompagnement entrepreneurial, la résilience climatique et le leadership communautaire », poursuit Myrline Edmond.

Des formations pratiques pour des impacts à long terme

La secrétaire du CITE soutient que les bénéficiaires recevront plusieurs formations pratiques en agriculture durable, en gestion d’activités génératrices de revenus, en leadership féminin et en adaptation climatique. « Nous voulons qu’elles développent des compétences durables capables d’avoir un impact à long terme sur leurs familles et leurs communautés », confie-t-elle.

Le CITE considère également l’agriculture durable comme un levier d’émancipation économique et sociale. Selon l’organisation, l’agriculture durable permet aux femmes de développer des activités économiques plus résilientes face aux crises climatiques. Grâce à des pratiques adaptées, elles peuvent améliorer leur production, protéger les ressources naturelles et augmenter leurs revenus.

Plus loin, l’organisation insiste aussi sur la portée sociale de cette autonomie agricole. « Une femme capable de produire, de transformer et de commercialiser ses produits renforce son pouvoir de décision au sein de sa famille et de sa communauté », renchérit la représentante. « Cela contribue à réduire la dépendance économique et à renforcer la dignité des bénéficiaires. »

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Comment surmonter les obstacles pour atteindre l’objectif fixé

Par ailleurs, la secrétaire évoque plusieurs obstacles structurels auxquels les femmes rurales restent confrontées. Selon elle, il existe d’abord un accès limité au financement et aux opportunités économiques. « Beaucoup de femmes ne disposent pas de capital pour développer leurs activités. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès à la terre, aux marchés et aux formations techniques », déplore-t-elle.

Le projet veut également renforcer la participation des femmes aux espaces décisionnels. Les initiateurs estiment que les femmes connaissent directement les réalités et les besoins des communautés. Pourtant, elles restent souvent sous-représentées dans les espaces où les décisions sont prises. « Renforcer leur leadership permet d’avoir des politiques et des initiatives plus inclusives et plus proches des réalités locales », affirment-ils.

Selon le CITE, la présence des femmes dans les processus décisionnels peut avoir un impact direct sur la vie communautaire. « Lorsque les femmes participent aux décisions communautaires, les questions liées à l’éducation, à l’alimentation, à l’environnement et à la protection sociale sont généralement mieux prises en compte », avance Myrline Edmond, avant de souligner que le leadership féminin constitue un facteur essentiel pour renforcer la cohésion sociale et la résilience communautaire.

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L’impact concret de l’initiative sur le quotidien communautaire

Pour mesurer les résultats du programme, les membres de l’organisation prévoient de mettre en place plusieurs mécanismes de suivi. Des consultations communautaires et des évaluations de base ont déjà été réalisées afin d’identifier les besoins des bénéficiaires et de mesurer leur situation initiale. Myrline Edmond précise également que le projet suivra plusieurs indicateurs, notamment le nombre de femmes formées, le développement des activités économiques, l’amélioration des revenus, la participation des femmes aux initiatives communautaires et le niveau d’adoption des pratiques agricoles résilientes.

Le CITE affirme aussi vouloir impliquer les autorités locales et les structures communautaires dans la mise en œuvre du programme. « L’implication communautaire est essentielle pour garantir la durabilité du projet. Les autorités locales, les organisations communautaires et les structures paysannes seront associées aux différentes étapes de mise en œuvre », justifie-t-elle.

Renforcement des compétences féminines

Concernant les difficultés d’accès aux ressources économiques, le projet prévoit certains mécanismes d’accompagnement. Bien que le projet ne puisse pas résoudre à lui seul tous les défis structurels, « nous travaillons notamment sur le renforcement des capacités entrepreneuriales, l’accompagnement économique et la création de liens avec des acteurs locaux pouvant soutenir les bénéficiaires », explique la secrétaire.

Myrline Edmond insiste également sur la nécessité d’assurer un suivi durable après les formations. D’après elle, la durabilité est au cœur de leur approche. L’organisation a prévu un accompagnement continu des bénéficiaires ainsi qu’un suivi après les formations. « Le projet vise aussi à renforcer les structures communautaires afin qu’elles puissent continuer à accompagner les femmes sur le long terme », précise-t-elle.

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Des femmes plus autonomes pour un développement durable

Enfin, le projet ambitionne de produire des changements durables dans la vie des bénéficiaires. Les membres du CITE aimeraient voir des femmes plus autonomes, plus confiantes et capables de développer des activités économiques durables. « Nous voulons qu’elles deviennent des leaders communautaires capables d’influencer positivement leur environnement et d’offrir de meilleures perspectives à leurs familles », poursuit-elle.

Le CITE affirme vouloir aller au-delà des résultats statistiques. L’ambition est de voir naître une génération de femmes rurales résilientes, capables de transformer leurs communautés malgré les défis climatiques et socio-économiques auxquels Haïti fait face.

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