La scène haïtienne s’impose dans plusieurs catégories des CMA 2026

Written on 06/11/2026
Ravensley Boisrond

La scène haïtienne ne se contente pas d’être mentionnée dans les nominations des Caribbean Music Awards 2026. Elle traverse la liste, la structure et, par endroits, la redessine. Du konpa aux formats hybrides de la diaspora, les artistes haïtiens et d’origine haïtienne occupent une place centrale dans cette 4e édition, dont les nominations ont été dévoilées ce mercredi 10 juin 2026. Une présence qui s’étend de Port-au-Prince à Brooklyn, de Paris à Miami, et qui confirme le poids de ces trajectoires musicales dans l’écosystème caribéen actuel.

Dans cette édition, un élément attire immédiatement l’attention : l’introduction de la catégorie « Konpa Song of the Year ». Une ligne supplémentaire qui officialise un genre déjà omniprésent dans les sélections, mais rarement isolé comme catégorie principale. Le konpa ne fonctionne plus uniquement comme base rythmique partagée dans la Caraïbe. Il devient un axe structurant du palmarès.

Le konpa au cœur du dispositif

Dans la catégorie « Konpa — Artist of the Year », plusieurs formations issues de la scène haïtienne se retrouvent face à face. T-Vice et Harmonik figurent parmi les noms présents, avec des parcours déjà bien ancrés dans les bals, les tournées et les circuits numériques.

À leurs côtés, deux formations prolongent l’héritage de Carimi. D’un côté, Vayb, mené par Mickael Guirand. De l’autre, Kai, porté par Richard Cavé. Deux trajectoires distinctes, issues d’une même matrice musicale, qui continuent de structurer une partie du paysage konpa contemporain.

Dans cette même catégorie, Rutshelle Guillaume occupe une place singulière. Déjà lauréate lors de la troisième édition des Caribbean Music Awards, où elle a remporté le trophée de « Konpa Artist Band of the Year » (ou « Artist Konpa of the Year »).

Enfin, Joé Dwèt Filé complète la sélection. Né en France avec des racines haïtiennes, il circule entre konpa, R&B et musique urbaine francophone, dans un espace où les frontières de genre deviennent de plus en plus perméables.

Des circulations au-delà du konpa

La présence haïtienne s’étend aussi dans les catégories dites de fusion. Dans « Caribbean Fusion — Artist of the Year », plusieurs artistes d’origine haïtienne apparaissent dans des propositions musicales hybrides.

Naïka y figure avec une approche où le créole haïtien s’insère dans des productions pop internationales. Une écriture musicale qui reflète les logiques de circulation propres à la diaspora, entre plusieurs marchés et plusieurs identités sonores.

Autre nom dans cette catégorie : Mickael Marabou. Son travail associe konpa, rara et influences afro-caribéennes, dans une construction qui dépasse les cadres strictement géographiques. Ici, la musique haïtienne devient un point de départ pour des recompositions plus larges.

Joé Dwèt Filé, entre plusieurs espaces

Joé Dwèt Filé apparaît également dans la catégorie « French Caribbean — Artist of the Year ». Une double présence qui traduit les circulations entre scènes francophones, konpa et musique urbaine caribéenne.

Dans ce segment dominé par les artistes martiniquais et guadeloupéens, sa présence illustre une porosité de plus en plus visible entre les espaces musicaux. Les trajectoires diasporiques ne se limitent plus à un seul circuit : elles relient plusieurs scènes en continu.

Michaël Brun et la scène comme espace élargi

Dans la catégorie « Music Event of the Year », Michael Brun est nommé avec son projet BAYO. Une série d’événements construits autour de performances et de collaborations entre artistes haïtiens et internationaux.

Le projet s’inscrit dans une logique où la scène devient un espace de circulation autant qu’un lieu de performance. Les formats classiques de concert y laissent place à des rencontres artistiques entre générations, styles et territoires, avec une continuité entre konpa, électro et musiques caribéennes.

Une présence qui structure le palmarès

Pris dans leur ensemble, les nominations dessinent une carte musicale éclatée mais lisible. Haïti n’apparaît pas uniquement comme origine, mais comme réseau. Les artistes évoluent entre plusieurs villes, plusieurs langues et plusieurs industries musicales.

Du konpa aux formes hybrides, des groupes historiques aux projets de diaspora, la sélection des Caribbean Music Awards 2026 met en évidence une circulation continue. Une présence qui ne se concentre pas dans une seule catégorie, mais qui traverse presque toutes les strates du palmarès.

Le vote comme dernier arbitrage

Les nominations sont désormais entre les mains du public. Les votes sont ouverts sur la plateforme officielle des Caribbean Music Awards et se poursuivent jusqu’au 10 août 2026.

Reste une interrogation centrale : dans une édition où la scène haïtienne apparaît dans presque toutes les catégories, comment cette présence dispersée se traduira-t-elle au moment du verdict final.