Il y a dix ans, BAYO n’était qu’une fête de quartier organisée sur les hauteurs de Jalousie, à Pétion-Ville. Aujourd’hui, le concept imaginé par Michaël Brun remplit des salles de plusieurs milliers de personnes aux États-Unis et réunit sur une même scène des artistes qui, en temps normal, évoluent dans des univers parfois très éloignés les uns des autres.
Le vendredi 12 juin 2026, l’Agganis Arena de Boston a accueilli la première étape de la tournée marquant les dix ans de BaYo. Dans une salle comble, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel pour célébrer une décennie d’un projet devenu, au fil des années, l’un des principaux espaces de visibilité de la culture haïtienne à l’international.
Boston, point de départ d’un anniversaire symbolique
Le timing n’aurait pas pu être plus symbolique. L’événement s’est tenu alors que l’enthousiasme autour du retour des Grenadiers sur la scène de la Coupe du monde de la FIFA occupait déjà les conversations de la diaspora. Entre football, musique et identité, la soirée avait des allures de célébration collective.
Depuis sa création en 2016, BAYO a progressivement dépassé le cadre d’une simple série de concerts. Pour Michaël Brun, producteur et DJ nommé aux Grammy Awards, le projet s’est transformé en plateforme culturelle où se rencontrent artistes, communautés et générations. Une vision qui continue de prendre de l’ampleur à mesure que le rendez-vous s’exporte hors d’Haïti.
À Boston, cette ambition était visible dès les premières performances. Alan Cavé, Emeline Michel, Lunise Morse, Baky, Paska, Carlo Vieux, J-Perry, Vanessa Désiré, Tabou Combo et Lakou Mizik figuraient parmi les artistes invités. Du compas au rara, du rap créole au rabòday, la programmation dessinait un portrait sonore de la diversité musicale haïtienne.
Dans les coulisses, une énergie de famille
Dans les coulisses, le même esprit de rassemblement semblait régner. Les images captées par Chokarella ont montré des artistes de différentes générations échangeant, chantant ensemble et partageant des moments de complicité loin des projecteurs.
Invité à réagir à l’ambiance qui régnait dans l’arène, Paska a souligné l’accueil reçu de la part de l’équipe de BAYO.
« Je vais vous dire la vérité, la façon dont la famille BAYO m’a accueilli est quelque chose d’extraordinaire. Un grand merci à Michaël Brun, qui accomplit quelque chose d’extraordinaire pour la culture et pour Haïti », a-t-il déclaré au micro de Carel Pedre.
Anie Alerte, trois vols pour une scène
L’une des histoires les plus marquantes de cette première étape concerne toutefois Anie Alerte. La chanteuse a quitté Haïti le jour même de l’événement et a dû effectuer trois vols successifs afin de rejoindre Boston à temps pour sa prestation.
Pour elle, la participation à BaYo allait bien au-delà d’un simple engagement professionnel.
« Malheureusement, je vis en Haïti et j’ai dû partir du pays pour être présente à BAYO. Pour moi, BAYO représente bien plus qu’un simple concert », a-t-elle confié.
Cette fidélité des artistes locaux témoigne de la place particulière qu’occupe désormais le projet dans l’écosystème culturel haïtien. BAYO n’est plus seulement un spectacle. C’est aussi un espace où la diaspora retrouve un morceau d’Haïti, où les artistes se rencontrent et où les frontières entre les générations s’effacent le temps d’une soirée.
L’initiative conserve également une dimension sociale. Pour cette tournée anniversaire, BAYO s’est associé à la plateforme PLUS1. Un dollar sur chaque billet vendu est destiné à soutenir des organisations engagées dans des projets liés à l’équité, à l’accès aux ressources et à la dignité humaine.
Avant même la tournée, Michaël Brun avait déjà commencé à marquer ce dixième anniversaire avec les « BAYO Sessions », une série de collaborations en studio réunissant plusieurs artistes autour de nouvelles interprétations et d’expérimentations musicales.
Après Boston, la tournée poursuit sa route vers New York. Trois soirées consécutives sont prévues au Brooklyn Paramount les 25, 26 et 27 juin. Plusieurs dates affichent déjà complet.
Dix ans après avoir vu le jour dans les rues de Jalousie, BaYo continue de grandir sans perdre ce qui a fait son identité. La scène est devenue plus grande, les salles plus prestigieuses et le public plus nombreux. Mais au centre du projet demeure la même idée : rassembler les Haïtiens, où qu’ils se trouvent, autour de leur culture.

