Prix RFI Théâtre 2026 : Joubert Joseph raconte sa première aventure au théâtre

Written on 07/13/2026
Youbens Cupidon

L’écrivain haïtien Joubert Joseph figure parmi les 13 finalistes du Prix RFI Théâtre 2026 grâce à sa première pièce de théâtre, Les Yeux que la Nuit a pris. Sélectionnée parmi 142 textes provenant de 11 pays, cette œuvre a retenu l’attention du comité de lecture du Collectif À mots découverts, composé d’Élise Blaché, Delphine Brual et Françoise Cousin.

Cette année, deux auteurs haïtiens, dont Alexandro Nicolas, figurent dans cette sélection internationale. À cette occasion, la rédaction de Chokarella s’est entretenue avec Joubert Joseph afin de revenir sur cette reconnaissance, son parcours et les ambitions qui accompagnent cette première expérience en dramaturgie.

À l’annonce de sa sélection, l’auteur explique avoir ressenti un profond mélange de surprise et d’émotion. Lui qui signe, avec Les Yeux que la Nuit a pris, sa toute première pièce de théâtre affirme ne pas s’attendre à voir son texte franchir cette étape. « Ma première réaction a été un mélange de surprise et d’une joie profonde. C’est ma toute première pièce de théâtre, après trois recueils de poésie, donc voir ce texte franchir cette étape a été une immense joie, presque inattendue. J’ai ressenti une forme de gratitude aussi, envers ce texte lui-même, envers les personnages qui l’habitent », explique l’auteur lors de notre entretien.

Une œuvre qui scrute les blessures de la société haïtienne

Interrogé sur son œuvre, Joubert Joseph indique que la pièce suit le destin d’Édouard Belizaire, un ancien chef de chantier de Miragoâne devenu aveugle après une attaque armée à Pacot. En choisissant de concentrer presque toute l’action dans l’appartement du personnage principal, l’écrivain dit avoir voulu explorer les conséquences intimes de la violence qui frappe Haïti.

« La pièce se déroule presque entièrement dans l’espace clos de son appartement, où il vit avec Marlène, sa compagne, qui porte désormais seule le poids du quotidien », déclare Joubert. À travers leur dialogue, il y aborde notamment les notions de masculinité, de dépendance, de dignité et d’amour, tout en interrogeant les racines historiques et sociales de cette violence. « C’est un texte sombre par son sujet, mais qui, je l’espère, reste traversé par l’amour, la résistance et une forme d’espérance », souhaite-t-il.

Revenant sur la genèse de la pièce, Joubert Joseph explique que l’idée est née de son observation quotidienne des conséquences de la violence des gangs en Haïti. D’après ses propos, il souhaitait questionner la représentation traditionnelle de la masculinité. « Je voulais interroger cette figure de l’homme censé toujours assumer, protéger, ne jamais faiblir, et ce qui se passe quand cette figure est brisée. Le processus d’écriture a été un dialogue constant entre mon expérience de la poésie, qui m’a appris à travailler le silence et l’émotion, et la nécessité, propre au théâtre, de faire exister des voix distinctes, en tension, dans un espace clos », explique l’auteur.

Une reconnaissance qui marque un tournant

Pour l’écrivain, cette sélection dépasse le simple cadre d’un concours littéraire. Après plusieurs publications en poésie, il estime que cette distinction confirme sa capacité à investir un nouveau registre d’écriture sans renoncer aux thèmes qui traversent déjà son œuvre. « Cette sélection m’ouvre à une nouvelle forme d’écriture, le théâtre, et me confirme que je peux porter mes thèmes de prédilection, la condition humaine, l’amour, la société haïtienne, la violence et la dignité, à travers un autre médium », souligne Joubert, qui considère ainsi cette étape comme un encouragement à poursuivre son travail pour la scène.

La présence de deux auteurs haïtiens parmi les finalistes revêt également une portée symbolique à ses yeux. Pour lui, c’est une immense fierté. « Malgré le contexte difficile que traverse le pays, la littérature et la création haïtiennes continuent de rayonner et de se faire entendre sur la scène internationale », précise l’écrivain. Selon lui, cela confirme, une fois de plus, la vitalité de la littérature haïtienne et l’urgence des récits que les Haïtiens ont à raconter. « Partager cette sélection avec Alexandro Nicolas renforce ce sentiment que nos voix, même nées dans la douleur, ont une portée universelle », estime-t-il.

Le théâtre comme nouvel espace d’exploration

Alors que le verdict du Prix RFI Théâtre est encore attendu, l’auteur affirme espérer avant tout que sa pièce poursuive son chemin auprès des lecteurs et puisse un jour être portée sur scène. Il révèle également que d’autres projets dramatiques sont déjà en gestation, convaincu que le théâtre occupera désormais une place durable dans son parcours d’écrivain.

Enfin, s’adressant aux jeunes auteurs haïtiens désireux de se lancer dans l’écriture théâtrale, Joubert Joseph insiste sur l’importance de la lecture. « Je leur dirais avant tout de lire, beaucoup, avant de se lancer dans l’écriture elle-même… » Selon lui, il est indispensable de fréquenter les textes dramatiques, d’en écouter le rythme et d’en comprendre les mécanismes avant d’entreprendre soi-même l’écriture d’une pièce. « On ne peut pas improviser une forme qu’on ne connaît pas de l’intérieur », conclut l’écrivain.

Le théâtre haïtien dans l’attente du dénouement

En attendant le verdict, prévu le 27 septembre prochain, les deux dramaturges haïtiens continuent de porter les couleurs de la création nationale sur la scène internationale. Avec Les Yeux que la Nuit a pris, Joubert Joseph signe une première œuvre théâtrale qui explore, à travers le destin d’Édouard Belizaire, les blessures de la violence, la résilience et la force de l’amour. De son côté, Boukan, d’Alexandro Christi Nicolas, met en scène quatre voix confrontées aux ravages des gangs, dans une écriture où se mêlent poésie et réalisme.

Le nom du ou de la lauréat(e) du Prix RFI Théâtre 2026 sera dévoilé le dimanche 27 septembre, avant une remise officielle du prix dans le cadre du festival Zébrures d’automne, à Limoges. La rédaction de Chokarella a également sollicité Alexandro Christi Nicolas pour un entretien afin de revenir sur cette sélection. Au moment de la publication de cet article, l’auteur n’avait pas encore donné suite à notre demande.